La souplesse des os et La vraie vie

mercredi, octobre 17, 2018


C’est parti pour un premier billet sous forme de bilan hebdomadaire. Dans cette nouvelle formule allégée, je te ferai part de ce que j’ai lu durant la semaine et de mes abandons, que jespère rares. J’irai dorénavant droit au but: je laisserai tomber les résumés quon trouve partout sur le Net et je me concentrerai sur mes avis qui nengagent, comme toujours, que moi. 


LA  SOUPLESSE DES OS – D. W. WILSON

Ce recueil de nouvelles, je l’attendais avec autant d’impatience que j’attends mon premier café du matin. J’ai lu le premier roman de D. W. Wilson lors de sa parution en 2015. Ça s’appelait Balistique et c’était sacrément bon. J’étais folle comme un balai en apprenant que la traduction de son recueil de nouvelles allait enfin paraître. J’ai mis la main dessus au Festival America. Pas question de patienter jusqu’à la fin octobre, date de son arrivée au Québec.

Les douze nouvelles de La souplesse des os sont situées à Invermere, une petite ville de la Colombie-Britannique. Douze nouvelles remplies d’hommes qui tentent de plier la vie pour ne pas plier sous elle, qui tentent de recoller les pots cassés. Des hommes amochés, des adolescents qui jouent avec le feu et se brûlent. Des relations pères-fils fracassées, mais solides comme un fil à pêche.

Winch se demanda si les bons souvenirs survivraient ou s’ils se couvriraient tous de rouille pour se réduire à cette cuisine plongée dans la pénombre, à cette carabine désossée, à son père en larmes. Le café tiédit et devint visqueux mais lorsque Winch l’approcha de ses lièvres, il souffla quand même dessus – il ne voulait pas voir la réalité en face, parce que si le café était chaud, s’il restait chaud, il aurait raison de ne pas quitter la table, et ils pourraient jouer le rôle de fils et de père, le temps de quelques inspirations encore.

Ces douze nouvelles, dans lesquelles certains personnages reviennent d’une nouvelle à l’autre, à différents moments de leur vie, sont ancrées dans un quotidien plus vrai que nature. Pas de chute finale, pas de spectaculaire ni de pathos. Juste la vie, dans toute sa belle grisaille. Portées par une écriture sans complaisance, simple et belle, ces nouvelles et l’atmosphère qui s’en dégage vont continuer de m’habiter longtemps.

La souplesse des os, D. W. Wilson, trad. Madeleine Nasalik, Éditions de lOlivier, 272 pages, 2018.

·  ·  ·         ·  ·  ·         ·  ·  ·

LA VRAIE VIE – ADELINE DIEUDONNÉ

On voit cette Vraie vie partout sur les réseaux sociaux. Ad nauseam, même. Je le fais rarement, mais là, j’ai décidé de suivre la vague et de le lire. L’histoire en elle-même m’intriguait, même si j’ai l’impression qu’il y a, ces temps-ci, plusieurs romans concoctés à partir de la même recette, soit celle qui met en scène un frère et une soeur (ou deux soeurs) dans de mauvais draps.

Ce genre de roman me plait bien. Je ne m’en lasse pas. Ici, j’ai aimé aller à la rencontre de ce père obsédé par la chasse, de cette mère écrasée au tapis, amoureuse de ses chèvres, de ce petit frère angélique qui se transforme en hyène carnassière. Sans parler de cette ado prête à tout pour que le lien qui lattache à son frère retrouve la vigueur de ses débuts. Mais une fois disparues, l’innocence et la naïveté de l’enfance sont souvent perdues à jamais...

Même si j’ai apprécié ces personnages pour leur singularité, j’ai été incapable de m’attacher eux. Reste que pour moi, là où le bât blesse le plus, c’est dans la voix de la gamine. C’est par ses yeux que les liens familiaux et les relations tendues se dévoilent. Le hic, c’est que par moment cette voix sonne terriblement faux. Quelques exemples parmi d’autres:

Je ne sais pas si elle existait avant de le rencontrer. J’imagine que oui. Elle devait ressembler à une forme de vie primitive, unicellulaire, vaguement translucide. Une amibe. Un ectoplasme, un endoplasme, un noyau et une vacuole digestive.

Chacun s’en retournait à sa prostration solitaire, devant sa télé, cultivant, au choix, dépression, aigreur, misanthropie, apathie ou diabète.

Une boule d’angoisse incandescente a carbonisé ma poitrine.

Certaines maisons semblaient hurler la solitude de leurs occupants et l’inconsistance vertigineuse de leur existence.

Je trouve que c’est charrier fort venant de la bouche d’une pré-ado. Contrairement au Manuel de survie à l’usage des jeunes filles de Mick Kitson, dans lequel la voix de la gamine sonnait parfaitement juste, ici ça clochait trop souvent à mon goût. Et il y a la fin. Je l’ai trouvé plutôt convenue, sans grande surprise. Disons que ça pouvait difficilement finir autrement... Une prévisibilité dont je me serais bien passée. 

Le roman d’Adeline Dieudonné suscite un fort engouement. Et à cela, je ne peux qu’applaudir. Certaines images marquent durablement, comme les images d’un film d’horreur (ce pauvre vendeur de glaces...). L’ambiance glauque et inquiétante, peuplée de silence et de violence, marque aussi. Mais tant qu’à parler de romans belges marquants parus récemment, Débâcle de Liz Spit reste, pour moi, une coche au-dessus de La vraie vie, et ce, à maints niveaux (solidité et originalité de l’intrigue, qualité de l’écriture).

La vraie vie, Adeline Dieudonné, L’Iconoclaste, 270 pages, 2018.

·  ·  ·         ·  ·  ·         ·  ·  ·


Crois-le ou non, j’ai mis la main sur un livre de recettes. Je ne me souviens pas de la dernière fois où c’est arrivé. Mais qu’est-ce que tu veux, avec ma nouvelle cuisine et l’arrivée de l’automne, l’occasion était trop belle. À moi À la soupe de Josée di Stasio (Flammarion Québec). J’ai mangé une soupe concoctée par Maud et j’en ai cuisiné une autre. Les deux étaient à se rouler par terre. Des recettes simples et accessibles, parfaites pour une néophyte du fourneau comme moi!



Bon ben, au final, c’est pas si mal comme billet allégé. Tu trouves pas? Sur ce, à la revoyure! Je retourne sous ma couette.

Vous pourriez aussi aimer

42 commentaires

  1. Excellent billet, tu veux dire! La souplesse des os me tente bien, même si ma PAL déborde déjà.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci, ça me rassure!

      Je te conseille de te faire les dents sur son roman "Balistique", avant d'entamer ses nouvelles. Tout y est!

      Supprimer
  2. Pas si allégé que ça d'ailleurs, l'essentiel est dit et bien dit :-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, finalement, pas si allégé que ça en longueur! Ce sera sur le rythme de publication que ça s'allègera drastiquement!

      Supprimer
  3. Magnifique billet ! Tu vas nous faire aimer l'allégé, c'est sûr. Vivement mercredi prochain !
    Du coup, je trépigne de commencer Balistique, il ne va pas faire de vieux os dans ma pile à lire, pour le coup. Je n'ai pas envie de lire la vraie vie, on en parle trop ; peut-être plus tard. En tous cas ça fait plaisir de lire ton avis, il change. Par contre, je note le roman belge que tu cites.
    Bonne semaine, Marie-Claude ! Et bonnes soupes !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Mine de rien, je crée l'attente!

      J'espère que "Balistique" saura t'atteindre aussi fort qu'il m'a atteint!

      Je suis ravie que tu passes ton tour pour "La vraie vie". "Débâcle" est une expérience de lecture beaucoup plus marquante.

      Supprimer
  4. J'aime bien les livres de recettes. Le mien c'est La bible des soupes, mais je pourrais peut-être essayer celui-là...

    Balistique me tente beaucoup mais je ne l'ai pas encore lu. Je verrai après si je tente son deuxième.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai vu plein de "Bible des soupes". De quel(le) auteur(e), la tienne?

      Sur ce coup, je suis (presque) persuadée que "Balistique" saura t'emporter loin. Un excellent roman...

      Supprimer
    2. Marie-Claude Morin, chez Modus! Je le traîne depuis des années et il a du vécu!

      Supprimer
    3. Me semblait que son nom me disait quelque chose! J'ai "L’express végétarien" chez moi. Je note sa bible.

      Supprimer
    4. Je ne pensais pas "jaser cuisine" un jour par ici! :)

      Supprimer
    5. Crois-moi, j'en suis la première surprise!

      Supprimer
  5. Pas encore trouvé "La souplesse des os" en librairie, on verra si je tombe dessus..
    et ça me fait drôle de lire qua tu n'as pas accroché à "La vraie vie" : la voix de la narratrice ne m'a pas gênée parce que j'ai supposé que le contexte familial l'avait fait murir plus vite, et le rythme de l'écriture a été un point fort !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oh, mais j'ai accroché à "La vraie vie". Beaucoup, même. Je suis d'accord, le rythme est enlevant. Je l'ai lu d'une traite. L'histoire est bien tournée, aussi. Mais la voix m'a vraiment agacée par moment. Et j'ai trouvé la fin digne d'un blockbuster américain. D'un autre côté, une chance que ça fini bien...

      Supprimer
  6. Allégé ??? Très complet et fort intéressant comme d'habitude. (Chassé le naturel et il revient au galop. Hihi, je blague gentille dame.) Pas encore lu ''Balistique'' sirop de sirop mais j'avoue que dernièrement je suis dans la littérature québécoise avec ses titres de la rentrée majoritairement intéressants. À ce jour j'ai fait de belles découvertes. Il me reste à prendre le temps d'en écrire les billets. Belle semaine.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je serais bien incapable de me passer de ton sirop de sirop!

      Contrairement à toi, j'ai délaissé les parutions de la rentrée québécoise. Mais il y a trois-quatre titres que je veux absolument lire. À suivre...

      Supprimer
  7. à cause de toi j'ai du ajouter D.W. Wilson sur la liste des auteurs que je dois lire mais je pense me diriger davantage vers son roman pour commencer. En ce qui concerne La vraie vie, lu il y a peu, j'ai beaucoup aimé l'atmosphère et certaines scènes sont en effet très marquantes, un excellent premier roman sans être un coup de coeur pour ma part mais une auteure que je suivrai avec attention c'est certain

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je parle à qui?

      Je suis ravie que "Balistique" se rende à toi. J'espère qu'il te captivera. Dommage que ce roman soit passé inaperçu...

      Comme toi, je lirai les prochaines parutions d'Adeline Dieudonné. Ce premier roman est certes très fort et bien maîtrisé. Reste que pour moi, quelques échardes ont dépassé des pages. Certaines scènes sont particulièrement marquantes et bien trouvées. Et toute l'animalité présente (la vraie et la métaphorique) était fort bien maîtrisée, je trouve.

      Supprimer
  8. je me garde la Souplesse des Os, là j'ai commencé un roman (de 1972) pas trop fan pour le moment ... je sais que je serais en bonne compagnie avec pacMan ;_)
    Pour la vraie vie, je vais attendre que le soufflé retombe .. ton avis est le seul mitigé que j'ai lu jusqu'ici

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le recueil de Wilson m'a fait pensé à celui de Machart. C'est tout dire. Il y a de belles paires de bras, à l'intérieur...

      Pour "La vraie vie", j'ai lu ici et là, surtout sur IG, d'autres avis moins enthousiasmes. Ça m'étonne que tu aies envie de le lire. Me semble que ce genre d'histoires n'est pas trop ta tasse de thé.

      Supprimer
  9. La vraie vie m'est tombée des mains... Un peu pour les mêmes raisons que toi. J'ai eu l'impression d'écouter et voir un comédien qui jouait faux.
    J'espère que je suis "normal" malgré tout :p

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. À qui je parle?

      Tu es tout à fait normal, je te rassures! Je suis ravie de ne pas être la seule à avoir trouvé que la voix de la gamine sonnait souvent faux.

      Supprimer
  10. J'ai tellement été happée dans "La vraie vie" que le style qui ne correspond pas à la voix d'une ado ne m'a pas frappée ... surtout qu'on voit qu'elle est une sorte de petit génie, super avancée en physique. Mais je comprends que ça t'aie dérangée ! Et pour le foin qu'on fait du bouquin, ça vaut pour des tas d'autres livres ... la toile s'emballe quand d'autres livres splendides restent dans l'ombre ... malheureusement !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est dommage que tout le buzz que fait un roman en éclipse beaucoup d'autres, et des meilleurs. Mais ce n'est pas nouveau et ce n'est pas prêt de changer...

      J'ai beaucoup aimé "La vraie vie", mes bémols restent mineurs. Le fond et la forme restent extrêmement bien ficelés... J'accroche souvent sur les voix qui sonnent faux. Mais, de toute évidence (et heureusement), ce qui sonne faux pour moi, peut sonner vrai pour d'autres.

      Supprimer
  11. Le ton de cette ado (La vraie vie) ne m'a pas dérangé, elle m'a semblé très "intelligente", et donc ça ne m'a pas étonné qu'elle utilise ce genre de vocabulaire. Je suis heureuse de l'avoir lu avant l'enthousiasme général, si non j'aurais passé mon tour!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est bien, de fait, de l'avoir lu avant qu'il fasse un tel buzz.

      Je me rends compte que je suis hypersensible aux voix d'ados ou d'enfants. Je suis extrêmement critique, peut-être trop, parfois!

      Supprimer
  12. Ad nauseam, dis-tu ? L'expression me paraît très juste. Pour ma part, je n'ai plus tellement envie de découvrir le livre d'Adeline Dieudonné...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu te priverais d'un bon moment de lecture! Tu pourrais attendre qu'il paraisse en poche?!

      Supprimer
  13. j'aime beaucoup cette nouvelle formule d'article hebdomadaire!
    j'ai beaucoup aimé La Vraie Vie...mon billet paraîtra d'ailleurs lundi. C'est vrai qu'on voit ce livre partout et que ça peut lasser, mais ce serait dommage de passer à côté pour cette raison. Rencontrer l'auteure au Salon Fnac a ajouté un éclairage sur ce récit, je ne l'en ai que plus aimé.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci pour l'appréciation! Cette formule me simplifie la vie et enlève la pression!

      Je viens de lire ton billet sur "La Vraie Vie". C'est vrai que ce serait dommage de passer à côté sous prétexte qu'on le voit partout. C'est un très bon premier roman...

      Supprimer
  14. ps : je me note de lire Débâcle ! j'adore la couverture ;)

    RépondreSupprimer
  15. Beau billet...plus court , vraiment ..? :-) J'aime beaucoup ta vision de la version courte.
    J'ai calé sur La souplesse des os, j'y reviendrai plus tard avec plaisir, pas le bon moment sans doute pour des Nouvelles.
    Quand à Histoire vraie, comme toi, le l'angage de la petite fille me semblait trop recherché.Bon roman , mais le buzz est excessif je trouve...Livre qu'en j'ai lu d'une traite quand même.
    Je vais faire l'impasse sur les soupes par contre ... :-)
    À mercredi....

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Plus court, c'est une façon de parler. On dirait que j'ai fait du 2 dans 1, non?!

      Tu avais lu, au préalable, "Balistique"? Je ne me souviens plus.

      Pareil, j'ai lu "La vraie vie" d'une traite. Un roman bien construit, avec une intrigue addictive. Mais tout ce buzz, vraiment?

      Pour les soupes... Je t'en ferai goûter une la prochaine fois qu'on se verra!!!

      Supprimer
  16. Je l'ai écouté au festival America et j'ai adoré ce monsieur, il arborait un tee-shirt female is future qui nous a bien fait rire.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oh, ça ne m'étonne pas. Il est adorable. Tu as aussi eu droit à sa veste Pac-Man?!

      Supprimer
  17. Je suis d'accord avec toi, Débâcle est plus fort, plus percutant. Pour moi, nous ne sommes tout simplement pas dans le même registre : le premier est réaliste alors que le second est plus comme un conte moderne. J'ai bien aimé Adeline Dieudonné, même si clairement, il n'a pas eu un impact aussi violent sur moi que Débâcle !!!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu n'as pas tort, le registre est totalement différent. J'ai comparé des pommes et des oranges, mais issus de la même terre! Reste qu'il s'agit de deux excellents premiers romans!

      Supprimer
  18. Il me plait bien ce billet ! Lorsque les critiques sont trop longues, je saute toujours les résumés du livre, dont je n'ai que faire, pour aller en général à la fin du billet lire l'avis personnel. Aller à l'essentiel !
    Et ça m'a fait plaisir de lire enfin un ressenti de lecture différent sur La vraie vie. Roman que j'ai de moins en moins envie de lire...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu me rassures. Je fais pareil: direct à l'avis personnel et basta pour le résumé.

      "La vraie vie" reste un premier roman bien tourné, mais de là à attiser autant d'engouement?! Je me gratte encore les cheveux pour comprendre pourquoi.

      Supprimer
  19. Bonsoir, enfin une note discordante dans le concert de louanges sur ce livre qui ne me tente pas du tout. Bonne soirée.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ça a le mérite d'être clair! Je n'ai pas fait exprès pour avoir le mordant aiguisé, mais je ne partage pas (totalement) l'engouement démesuré pour ce roman.

      Supprimer

· J'aime m'y promener ·

· visites ·