La note américaine · J'en rêve depuis longtemps · Une histoire des images pour enfants

mercredi, décembre 05, 2018


Une belle et bonne semaine livresque vient de s’achever. J’ai lu un ouvrage de non-fiction qui m’a pas mal brassée, un album jeunesse doudou signé Olivier Tallec et un documentaire précieux sur l’histoire de lart. C’est parti!


Ce n’est pas un secret, je m’intéresse à l’histoire (présente et passée) des Indiens d’Amérique du Nord – ou Autochtones ou Amérindiens, comme vous voulez – depuis belle lurette. Il va sans dire que je voulais absolument lire La note américaine de David Grann. D’autant plus que j’ignorais tout des Osages. Pour l’histoire, j’ai été gâtée. Mais pour l’Histoire avec un grand H, mon indignation en a pris tout un coup.

Au début des années 1870, quelques milliers d'Osages ont été déracinés et repoussés par le gouvernement américain sur un terrain rocheux et aride au nord-est de l’Oklahoma. Des décennies plus tard, ils ont découvert que leur réserve était assise sur un des plus grands gisements de pétrole des États-Unis. Au début des années 1920, l’or noir s’est mis à jaillir de la terre. Grâce au pétrole, les Osages sont devenus extrêmement riches. Les voitures de luxe clinquantes se sont mises à défiler dans les rues et les maisons cossues ont poussé comme des champignons. Les prospecteurs, qui devaient louer des baux aux Osages, arrivaient par pochetées des quatre coins des États-Unis pour récolter leur part du gâteau. Le gouvernement américain, en bon père de la nation (c’est sarcastique, là!), a décrété que plusieurs Osages étaient inaptes à gérer leur propre argent (tant qu’à les infantiliser jusqu’au bout...). Ils ont été mis sous tutelle. De gros bonnets Blancs ont été mandatés pour gérer leur fortune en tant que tuteurs légaux. Il n’en fallait pas plus pour ouvrir la porte à la fraude et à la corruption.

Les Osages ont commencé à tomber comme des mouches. Entre 1921 et 1925, c’est plus d’une vingtaine d’Osages qui sont morts. Certains abattus, dautres empoisonnés. Un couple est mort après lexplosion dune bombe dissimulée sous leur maison. Le règne de la terreur était en cours. Les autorités judiciaires locales et des détectives privés ont enquêté, mais ils ont été incapables de lever le voile sur ces meurtres, ou pire, ils étaient corrompus. En gros, la corruption s’était infiltrée dans toutes les institutions du comté.

En 1925, aucun meurtre navait été élucidé. La situation devenait à ce point préoccupante (enfin!) que l’intervention du Bureau Of Investigation (qui allait devenir le FBI) était requise. J. Edgar Hoover, son nouveau directeur, mandata Tom White, un ancien Ranger du Texas, pour démanteler les meurtres. Il s’est constitué une équipe et, ensemble, ils sont partis enquêter sur le terrain. Le panier de crabes dans lequel ils sont tombés leur a fait pousser des cheveux blancs. C’est qu’il y avait un loup dans la bergerie, et ce loup avait un sacré pouvoir...

C’est dans une colère rageuse que j’ai tourné la dernière page de La note américaine. J’ai dévoré cette enquête, à la fois fascinée et révoltée. Tant de corruption et d’exploitation sont inimaginables. Le journaliste américain David Gran a le tour d’harponner son lecteur. Dès les premières pages, il entre dans le vif du sujet avec la mort suspecte d’Anna Brown, soeur de Mollie Burkhart, mariée à un Blanc. Au fil des pages, c’est toute la famille de Mollie qui est décimée. Par qui? Pourquoi? L’anguille sous roche se révèle monstrueuse...

David Grann a consacré plusieurs années de sa vie à passer au peigne fin les archives et à décortiquer ce dossier. Ce travail de recherche méticuleusement documenté est passionnant à lire de bout en bout. Les faits, les témoignages et les photos donnent froid dans le dos. Si ce pan de l’Histoire est maintenant derrière, les traces laissées dans le présent des Osages ne sont pas prêtes de s’effacer... À savourer comme un excellent roman policier, à la différence près qu’ici, tout est (malheureusement) vrai. Indispensable.

La note américaine, David Grann, trad. Cyril Gay, Globe, 360 pages, 2018.
C’est aussi un coup de coeur pour Electra et Eva, deux lectrices de bon goût!



Après Les Quiquoi et le chien moche dont personne ne veut il y a deux semaines, encore un album d’Olivier Tallec? Oui, encore! Je suis fan. J’ai revêtu mon pyjama de gamine de cinq ans et j’ai ouvert J’en rêvais depuis longtemps avec l’assurance de passer un bon moment.

Un petit garçon reçoit un chien en cadeau de Noël (ou est-ce un chien qui reçoit un petit garçon en cadeau...?). Ça faisait longtemps qu’il en espérait un. N’empêche, il aurait bien aimé pouvoir le choisir. Tant pis, il fera avec. Le garçon et le chien apprennent à se connaître et  s’apprécient de plus en plus. Au fil des pages, quelque chose se met à clocher et le doute pointe. Qui parle, au juste? Est-ce le gamin ou le chien? En tout cas, celui qui parle trouve que lautre a de drôles de goûts et d’étranges habitudes.

Olivier Tallec a choisi un angle original pour raconter avec humour et délicatesse l’amitié entre un humain et un chien. L’inversion des rôles se révèle surprenant de prime abord, puis d’une redoutable efficacité. Le texte au «je» sied bien à l’histoire. Les illustrations sont toujours aussi splendides, vitaminées et tellement expressives. Un album parfait à glisser sous le sapin. Surtout si vous ne comptez pas offrir un vrai chien à vos p’tits loups!


J’en rêvais depuis longtemps, Olivier Tallec, Actes Sud junior, 32 pages, 2018. À partir de 5 ans.



Les documentaires sur l’histoire de l’art sont légion. L’approche est généralement linéaire, chronologique. Certes, ça fait la job, mais c’est souvent statique. Dans Une histoire des images pour les enfants, l’angle d’approche est tout autre. On passe d’un sujet à un autre, on butine entre les oeuvres et on se laisse raconter. Des grottes de Lascaux à Léonard de Vinci, en passant par Magritte et Hopper, jusqu’au Magicien d’Oz et Chaplin, c’est à une histoire subjective des images à laquelle nous convie l’artiste David Hockney et le critique dart Martin Gayford. Cette façon de revisiter l’histoire est fascinante. La mise en page éclatée et les illustrations de Rose Blake apportent une touche de modernité et de couleur à d’ouvrage. Une chronologie des inventions, un glossaire, un index des œuvres présentées se retrouvent à la fin du livre. En prime, le charmant petit teckel qui se balade dune page à lautre m’a fait craquer. Une belle pépite!



Une histoire des images pour les enfants, David Hockney et Martin Gayford (texte) et Rose Blake (illustrations), Seuil jeunesse, 128 pages, 2018. À partir de 8 ans.

Vous pourriez aussi aimer

35 commentaires

  1. Je note à nouveau l'album d'Olivier Tallec ! Il y a tellement de beaux albums en librairie en ce moment, c'est la folie ! J'ai envie de tout acheter ;-) J'ai trop hâte de parcourir celles du Quebec à la recherche des albums de Geneviève Godbout !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est vrai que ces temps-ci, les beaux albums jeunesse sont légion.

      Tu n'auras pas de misère à trouver des albums de Geneviève Godbout en librairie! Elle est partout (et c'est bien mérité)! J'espère avoir la chance de parcourir à tes côtés les allées de quelques librairies!

      Supprimer
    2. Oh, mais le top du top serait de se retrouver pour boire un café puis tu me guiderais dans tes librairies préférées ! Que j'ai hâte !

      Supprimer
  2. J'adore Tallec ! Je lis tous ses albums avec le même plaisir, il n'y a vraiment rien à jeter dans sa bibliographie.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pareil pour moi. Je n'ai jamais été déçu par ses albums. C'est un auteur-illustrateur incontournable chez nous!

      Supprimer
  3. merci pour le clin d'oeil ! c'est un livre que j'ai trouvé vraiment marquant - comme tu dis, c'est à la fois passionnant et révoltant ! et je suis ravie que tu l'aies autant apprécié

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le plaisir est pour moi!

      Tu as raison, c'est un livre marquant et nécessaire. La cupidité et la corruption peuvent atteindre des niveaux inimaginables...

      Supprimer
  4. L'essai de David Grann m'intéresse et il est dans ma ligne de mire depuis un moment. D'après ce que tu en rapportes, ça promet d'être passionnant.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. La note américaine m'attend sur mes étagères, aux côtés de Soeurs volées, noté ici..
      @Autist Reading : si une LC du Grann te dit, je suis partante (maintenant que tu as goûté aux joies de la lecture commune).

      Supprimer
    2. C'est passionnant, en effet. J'aime cette façon de brosser un pan de l'Histoire sans que l'on tombe dans l'essai historique laborieux. J'avoue que j'ai avalé de travers à quelques reprises (la réalité décrite est tellement révoltante), mais les moments les plus tragiques de l'Histoire font nécessairement cet effet. Et en même temps, ça me semble nécessaire.

      Supprimer
    3. @Ingannmic
      "Soeurs volées" + "La note américaine"? Ça promet! Il te faudra une bonne pause entre les deux, tellement ce sont des livres coups de poing qui éveillent notre colère et notre indignation.

      J'aurais bien aimé une lecture commune! Dommage... Heureusement, "Le blues de la harpie" nous attend!

      Supprimer
    4. @Ingannmic : je t'ai répondu suite à ton message chez moi. En substance, je suis partant, bien sûr, mais il faudra te montrer patiente :)

      Supprimer
  5. J'ai pleuré ma vie à lire ''La note américaine'' que je n'arrive pas à écrire la moindre ligne depuis que j'en ai terminé la lecture.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Si tu savais comme je te comprends. Cette histoire est effarante.

      Tu connaissais les Osages, toi, avant de lire ce livre?

      Supprimer
    2. Pas vraiment sauf que lorsque j'ai lu le livre de Marc Dugain (La malédiction d'Edgar sur J. Edgar Hoover, il en glisse quelques lignes) et j'avais pris en note le nom de cette nation histoire d'en savoir plus éventuellement car, depuis ma tendre enfance, tout ce qui concerne les autochtones vient me chercher profondément... Enfin, tout ça pour te dire que le coeur me saigne à chaque fois lorsque je constate tout ce mal qu'ils et qu'elles ont subit.

      Supprimer
    3. Je viens de faire un petite recherche sur "La malédiction d'Edgar". Maintenant que je sais de quel Edgar on parle, j'ai bien envie de fouiller de ce côté. Merci pour le titre!

      Et, pour la suite de ton commentaire, j'ajouterai «qu'ils et elles subissent encore». Le sort (passé et présent) des Autochtones est marqué du sceau de l'injustice... Notre Histoire est très peu reluisante de ce côté-là.

      Supprimer
  6. Hou là là, deux livres d'un coup qui retiennent mon attention: celui d'Olivier Tallec et celui sur les Amérindiens. Vivement Noël!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai visé juste cette semaine!
      Oui, vivement Noël, qui approche un peu trop vite à mon goût. J'espère que le père Noël sera généreux, cette année. As-tu été sage, au moins?

      Supprimer
  7. tu connais mon avis sur le Tallec, une petite merveille!
    je note le Grann car je n'ai jamais entendu parler des Osages

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, un avis partagé de bout en bout!

      Si le sujet t'intéresse, je te recommande vivement le Grann.

      Supprimer
  8. Enfin ! dire que je l'ai lu l'an dernier, en Guadeloupe ;-) je savais qu'il allait te plaire et te faire réagir ;-) et Grann m'a à nouveau emballée avec La cité perdue de Z - il est très doué pour conter l'Histoire sans la rendre ennuyeuse !
    Et je trouve ça super, car je ne connaissais pas Tallec mais je vais l'offrir à mon neveu car il a eu un chien du coup ça sera parfait - je te fais confiance là-dessus !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ton instinct était bon: j'ai adoré le Grann.

      Pour Tallec, c'est à mon avis un incontournable dans le monde de la littérature jeunesse, tant pour la subtilité et l'humour des histoires, que pour la beauté des illustrations.

      Supprimer
  9. Je dois absolument lire "La note américaine" mais, comme toi, j'ai bien peur que ça m'en fiche un sacré coup...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Si le sujet t'intéresse le moindrement, c'est vraiment un ouvrage à lire. Mine de rien, on en apprend aussi beaucoup sur l'ignominie de la nature humaine... Ce n'est pas du beau!

      Supprimer
  10. Je craque pour le livre d'Olivier Tallec! Une belle idée de cadeau pour un de mes neveux!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il est savoureux, cet album. Je ne suis pas la seule à avoir craquer! Tu as vu que Mes échappées livresques à craquer aussi! Ce serait un super cadeau à offrir.

      Supprimer
    2. Oui j'ai vu et j'y ai laissé le même commentaire, à peu près ;-)

      Supprimer
  11. Que du Bon cette semaine. ;-)
    La note Américaine, un coup de cœur aussi pour moi.
    Le Tallec va venir sous le sapin...Merci pour la découverte :-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je me demande pourquoi j'ai tant tarder à lire cette "Note américaine"... Maintenant, je zieute sur les autres ouvrages de Grann. Sa façon de raconter l'Histoire est tellement accrocheuse...

      Génial pour le Tallec. Il n'y a pas d'âge pour s'émerveiller, même avec un livre jeunesse!

      Supprimer
  12. La note américaine doit être vraiment intéressant! Noté dans un petit coin pour un jour!

    RépondreSupprimer
  13. J'adore Olivier Tallec ! Je note La note américaine, ton avis m'a décidé.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Nous sommes donc au moins deux à adorer Tallec. Il a tellement de talents et en plus, il sait se renouveler!

      Supprimer

· J'aime m'y promener ·

· visites ·