Viens voir dans l'Ouest · Maxim Loskutoff

samedi, mai 04, 2019


Je débute le challenge Mai en nouvelles avec le premier recueil de l’Américain Maxim Loskutoff. Aussi bien le dire d’entrée de jeu, ma rencontre avec Maxim Loskutoff ne s’est pas bien passée!

Ça a même vraiment mal commencé, avec «L’ours qui danse». Dans le Montana des années 1890, un trappeur solitaire commence à fantasmer sur une grosse ourse! De son frottage sur des peaux en pensant à l’ourse, en passant par le bordel où il fait patate parce que la femme n’est pas assez poilue à son goût et qu’il pense à l’ourse, jusqu’au final où il abat un petit ourson, je me disais: «Est-ce que j’ai envie de lire ça?», «Qu’est-ce que ça m’apporte?» Si cette nouvelle a pour but de montrer comment la folie peut grandir dans un homme, ça ne m’a pas convaincue. Et s’il n’est pas fou, ben il est déviant et/ou pervers et là, gros malaise. Et s’il n’est pas question de folie, ben je suis perdue. Même chose dans «Récolte», où un ancien soldat élève dans un bunker, sous une maison de ferme, la fille dun camarade mort. À la puberté, ses motivations sont de moins en moins protectrices… Le désir s’empare de lui. Passons. Il y a là quelque chose de foncièrement malsain qui a tendance à me rebuter.

La dimension politique, omniprésente, nest pas venue me chercher. La menace d’une guerre civile plane sur presque chaque nouvelle. La colère gronde. Certains hommes sont partis prendre les armes contre le gouvernement fédéral, laissant leur famille derrière eux. D’autres, par ennui plus que par convictions, songent à joindre les troupes. Dans la plupart des nouvelles, l’existence même des personnages est façonnée par la politique qui les entoure.

Puis, j’arrive sur «Comment tuer un arbre», où une femme veut abattre l’énorme pin dans son jardin, lui imputant tous ses malheurs. Eh ben…

Ce qui, à mon sens, cloche avec les nouvelles de ce recueil, est leur agencement, ou plutôt leur manque de liant. Plusieurs nouvelles ont un goût d'inachevé, un manque de profondeur.

Parmi les douze nouvelles du recueil, deux ont tout de même su sortir leur épingle du jeu pour retenir mon attention. Dans «Le temps de la fin», un jeune couple fait un long trajet en voiture pour emmener un coyote blessé chez le vétérinaire. La fille veut rester auprès de l’animal, invitant son copain à partir et… à la quitter. Dans «Mon Dieu, vous savez qu’on est tout les deux dans la même galère», une mère rend visite à sa fille placée en institution deux fois par semaine. Dans le silence d’une chambre capitonnée, l’angoisse monte. La cruauté de la gamine fait froid dans le dos…

Les personnages de Maxim Loskutoff sont seuls, confrontés à eux-mêmes. Ils n’ont rien à perdre. Les relations humaines tiennent à un fil, toujours sur le point de s’effilocher. La jalousie rôde, la séparation est en cours ou en voie de l’être. La solitude enserre. L’omniprésence des animaux m’a laissé mitigée. Ourse, coyote ou serpent, le lien que les humains entretiennent avec eux surpasse l’attachement et a de quoi surprendre. Lécriture de Maxim Loskutoff est maîtrisée, sans faux pas. Mais ses mots et ce qu’ils évoquent m’ont laissé sur la voie de secours.

Viens voir dans l’Ouest, Maxim Loskutoff, trad. Charles Recoursé, Albin Michel, «Terres d’Amérique», 256 pages, 2019.

Mr K a été beaucoup plus emballé que moi, Clete aussi! Par contre, Mumu a bien quelques réserves.

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20 commentaires

  1. J'espère que la suite s'est mieux déroulée ! De mon côté, pas vraiment de déception, même si j'ai bien sûr préféré certains recueils à d'autres..

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    1. Mais là, tu en es rendue où? Il faut se clamer un peu, là. Tu attaques à un rythme effréné!

      La suite s'est mieux déroulée. Un peu... Là, je suis cependant en panne sèche après un immense coup de coeur! J'ai abandonné quatre recueils, t'imagine?! Il faut que ça se replace. Là, je pense que c'est bon avec celui que j'ai commencé.

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    2. Je fais une pause en lisant des romans, dont un bien épais, pour faire durer un peu ! Je lirai peut-être un recueil de plus, j'ai sur mes étagères un Atkinson et deux Munro, et je ne connais pas cette dernière, qui attise ma curiosité.

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    3. J'aimerais bien, moi, que tu ajoutes un Munro... une canadienne que je n'ai jamais lu encore!

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  2. Si je comprends bien, tu n'es pas très branchée zoophilie :D
    De ce que tu en dis, je pense que je n'aurais pas été plus emballé que toi...

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    1. MDR!

      Non, la zoophilie n'est pas trop mon truc. Toi oui? J'ai aussi un problème avec les poupées gonflables. J'ai d'ailleurs abandonné un recueil de nouvelles américaines, l'an dernier, à cause de ça. Electra ne m'a pas encore pardonné de l'avoir mis de côté!

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  3. Vu le résumé des nouvelles, je n'aurais pas été plus emballé que toi... Je crois qu'après celle sur l'ourse j'aurais arrêté là. On zappe !

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    1. Oui, on zappe!

      N'empêche, les avis lus sont beaucoup plus élogieux que le mien. Aussi, je mettrai ce recueil dans le lot des prix. Il pourrait plaire à plusieurs!

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  4. Moi qui ne suis pas très recueil de nouvelles, ce n'est pas avec celui-ci que ça va s'arranger!

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    1. Non? Et pourquoi donc? Je te niaise!
      Je ne pense pas qu'il ne plairait. Il y a mille fois mieux, surtout en littérature américaine...

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  5. Un mai en nouvelles qui commence en berne mais je vois que tu lis le recueil de Shirley Jackson, cela devrait remonter le niveau. Je suis plongée dedans et j'adore pour l'instant alors que je suis plutôt réfractaire aux nouvelles d’habitude...

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    1. Ah oui, cela a considérablement remonté le niveau. Avec Jackson, j'ai été bien servie, merci!
      J'ai vu que nous faisions presqu'une lecture commune!
      Hâte de lire ton billet.

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  6. Eh bien je passe vu ce que tu en dis. Une déception aussi pour mon premier recueil de nouvelles ... sniff

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    1. C'est lequel? Vite, dis-moi! J'espère que ça se passera mieux avec le prochain...

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  7. Et bien, ce n'est pas très vendeur ! Ca a l'air un peu spécial ce recueil de nouvelles...

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    1. Loin de moi l'intention de dénigrer ce recueil qui, selon plusieurs billets, a trouvé son public. Mais, tu l'auras compris, je n'en fais pas partie!

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  8. Ton histoire de frotti frotta sur des femmes pas assez poilues m'a fait exploser de rire ! ;-)

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    1. Imagine! Si tu avais lu la nouvelles, tu serais peut-être autant traumatisé que moi!

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