Joe · Larry Brown

mercredi, septembre 04, 2019


Encore un roman sur la rédemption? On peut dire ça. Mais lorsqu’il est signé Larry Brown, disons que ça prend une autre ampleur.

Larry Brown m’avait vrillé l’âme avec son Sale boulot. Il avait remis ça avec Père et fils. Bon, sa Fay m’avait plutôt fait grincer des dents. Et j’avais même abandonné, au grand dam d’Electra, Dur comme lamour, son recueil de nouvelles.

Pour tout te dire, j’ai tourné la dernière page de Joe roulée en boule dans mon lit. Parce que Joe, là, il m’a attendrie comme c’est pas possible. L’histoire n’est pas des plus réjouissantes, comme c’est toujours le cas avec Larry Brown. Mais de trouver tant de pureté enfouie dans ce bourbier merdique, ça retourne le coeur.

Impossible de ne pas éprouver d’empathie pour ces personnages. Ils sont tout en nuances, plein d’aspéritésGary, cet ado qui se démène comme c’est pas possible pour se sortir du trou dans lequel il est pris. Sa mère soumise, sa petite sœur muette, son père à tuer, et son autre soeur, Fay, qui a pris ses jambes à son cou. Larry Brown ne les juge jamais, même les plus crasses, comme le père de Gary. Jamais il ne porte de regard moralisateur sur les comportements des uns et les gestes des autres. Porté par des personnages incarnés, terriblement humains, Joe dégage une humanité bouleversante. Larry Brown dit les choses simplement, avec une grande minutie du détailSes mots sont précis, son style descriptif et terre à terre comme jaime.

À mes yeux, les romans de Larry Brown figurent parmi les plus beaux et les plus touchants de la littérature américaine, précisément parce qu’ils débordent dhumanité. C’est cette même humanité que je retrouve chez Bruce Machart, Willy Vlautin, Callan Wink et David Joy.

Je ne suis pas portée à fantasmer. Mais si c’était le cas, j’aimerais bien m’imaginer aller m’accouder au comptoir d’une vieille taverne poussiéreuse avec Larry et l’écouter me raconter ses histoires. Comme il est mort à 54 ans d’une crise cardiaque, on repassera pour le fantasme… Heureusement qu’il me reste quelques-uns de ses livres à lire!

Joe, Larry Brown, trad. Lili Sztajn, Gallmeister, «Totem», 320 pages, 2014. [1991 pour l’édition originale]

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16 commentaires

  1. Bon, il faut je te le dise tout net : je n'ai pas été éblouie par Sale boulot. Je ne saurais vraiment dire pourquoi. J'ai adoré certains passages, j'ai même tournée les pages avec frénésie et puis à la fin, j'en ai survolé certaines autres. Le style très "langage parlé" m'a peut-être lassée au bout d'un moment, les passages de guerre ne m'ont pas captivée. J'étais tellement déçue de ne pas l'avoir apprécié plus que ça que, du coup, j'ai décidé de n'en rien dire sur mon blog. Mais je pense que j'essaierai à nouveau de lire cet auteur.

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    1. QUOI? Pas éblouie par "Sale boulot?" Je respecte ton ressenti, mais je suis curieuse de savoir ce qui t'a gênée. Le style "langage parlé"? Le sujet?

      J'aimerais trop ça que tu donnes une nouvelle chance à Larry avec "Joe" ou "Père et fils". Après, si ça bloque, c'est dire que l'attachement ne passera jamais entre Larry et toi... et ce n'est pas plus grave que ça!

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  2. Il me donne envie, celui-ci. J'ai un fort besoin de lectures nimbées d'humanité, ces temps-ci...

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    1. Alors là, l'humanité qui transcende toute cette dureté réchauffe le coeur.

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  3. Savoir que le roman avait été adapté avec N. Cage dans le rôle-titre m'a détournée de ce roman que l'on m'avait pourtant super bien "vendu", comme tu viens de le faire à ton tour. J'ai bien compris que je n'ai plus qu'à me débarrasser de mes a priori futiles si je veux pas rater bêtement un bon moment de lecture

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    1. On se fout de N. Cage, on se fout du film! (Je ne l'ai pas vu et ne compte pas le voir.)
      Donne un bon coup de pied à tes a priori. C'est réglé? Lis "Joe", maintenant!

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  4. Je crois que j'ai écrit la même chose après ton billet sur Un sale boulot, mais il faudrait vraiment que je relise cet auteur, découvert il y a longtemps avec Père et fils, que j'avais beaucoup aimé..

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    1. Tu peux te répéter, surtout lorsque ça concerne Larry?

      J'adore tellement cet auteur...

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  5. Mes échappées livresques5 septembre 2019 à 01:40

    Toujours pas lu Larry Brown mais Sale boulot m'attend, il serait temps que je me lance au vu de ton billet...

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    1. Ah... Larry! J'espère que sa découverte te frappera aussi fortement qu'elle m'a frappée...

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  6. tu comprendras que je ne lise pas ton billet - je vais lire ce livre et revenir te voir après ! j'ai vu le nombre d'étoiles et je sais que tu as du mal à te remettre en selle après une telle lecture !

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    1. Je comprends très très bien. Il y a eu Tommy, puis Larry... T'imagine mon désarroi après?

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  7. Sirop avec tes billets aussi intéressants, on devrait te surnommer: ''Tentatrice littéraire''. Un autre titre que je note. ;-)

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    1. Suzanne, tu dois découvrir l'univers de Larry Brown, pour toute l'humanité qui se terre derrière la dureté de cet univers. On en ressort comme apaisé, avec une foi en l'humanité boostée!

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  8. Joe est dans ma PAL, Fay aussi. Mais je crois qu’il « faut » lire Fay avant c’est ça ? Dans tous les cas, je ne devrais pas tarder à lire le second pour pouvoir apprécier Joe autant que toi !

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    1. NON! Il faut lire "Joe" avant. J'ai fait l'erreur de commencer par "Fay". Avoir su... Ça aurait changé mon appréciation de "Fay". En comprenant d'où elle vient et ce qu'elle a vécu (choses que l'on apprend dans "Joe"), on comprend mieux qui elle est dans "Fay". D'ailleurs, ça m'a donné envie de le relire...

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