La chaleur · Victor Jestin

vendredi, octobre 11, 2019


Tranche de vie. Cet été, j’ai exploré, aux côtés de Maud et d’Electra, un coin méconnu et peu touristique du Québec: Eeyou Isthee Baie-James. L’endroit idéal pour décrocher et faire le plein de zénitude bien arrosée. Pas de pollution sonore ni visuelle. Peu de chats à la ronde. Manquer de faire une crise cardiaque en croisant un truck poussiéreux. Penser halluciner à la vue dun Rambo sur le bord du chemin ou dun homme qui fait du pouce assis sur une chaise de cuisine avec sa guitare. J’te l’dis, c’était épique et dépaysant. C’était bien beau, tout ça, bien bien beau. Mais il a ben fallu revenir. Et le retour à la civilisation a été tout un choc. C’est vrai que nous n’y sommes pas allées en douceur: passer sa dernière nuit au camping de Saint-Félicien n’était pas l’idée du siècle. Méga choc culturel. Des guerres de clôtures, des «Regarde comme mon barbecue est plus gros que le tien», des torses bombés mal bronzés, des chiens bien rasés avec foulard assorti. Je me suis ennuyée des arbres, de la route de gravelle et de mes haricots froids!

La chaleur, c’est un 24 heures qui s’étire, dans un camping des Landes. Léonard, 17 ans, et sa famille, chien compris, y séjournent. Les fêtes sur la plage, la chaleur écrasante, la musique assourdissante, les torses bombés, rien de tout ça n’est du goût de Léonard. Il fait figure de tache dans ce paysage. Cette nuit-là, il va se passer quelque chose de terrible. De vraiment terrible. Léonard assiste à quelque chose qu’il n’aurait jamais dû voir. Les gestes qu’il posera ensuite le feront courir à sa perte.

Plus j’y repense, plus le roman de Victor Jestin m’a fait une forte impression. Il met en lumière, de façon crue et franche, le désoeuvrement et les tourments de l’adolescence, les émois et tâtonnements amoureux (Tinder compris), l’orientation sexuelle incertaine, l’omniprésence des téléphones portables... Léonard peine à s’insérer dans le troupeau, à faire un avec la norme; il n’a ni les codes ni les outils pour le faire. Son inadéquation sociale est tangible. Les ados du roman, certains plus attachants que d’autres, reflètent bien leur époque. Les adultes aussi, quoique plus effacés. 

J’ai lu récemment que nos ados seraient moins actifs sexuellement que leurs parents. La faute aux réseaux sociaux et à la porno. Les relations se passent, le gros du temps, devant un écran. Une fois face à face, la pression de performer et le malaise gâchent le moment... Dans le roman de Victor Jestin, il y a Louis, le seul ami de Léonard, qui rend bien compte de cet état de fait.

Avec une tension palpable tout du long, La chaleur te plonge dans une ambiance délétère, poisseuse, qui questionne ta moralité (ou ton immoralité). Un premier roman à l’énergie brutale, rempli de fureur. Une roman addictif et suffocant.

Virginie, un peu moins enthousiaste que moi, la aussi lu. 

La chaleur, Victor Jestin, Flammarion, 144 pages, 2019.

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28 commentaires

  1. Ah, quatre étoiles, quand même... on sait où ça se passe dans les Landes (j'y ai fait quelques saisons comme hôtesse d'accueil en camping, justement...) ? En tous cas, impossible de passer à côté avec des termes comme "addictif, fureur, suffocant"...

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    1. Oui, quand même 4 étoiles. C'est qu'à sa manière, il fait son effet, ce roman. Il en a divisé plus d'un. J'ai lu plus d'avis mitigés que de billets enthousiastes. À mon avis, c'est un très bon premier roman.

      Pour les Landes, c'était la première fois que j'en entendais parler. À ce que je vois, ce coin de pays semble plutôt repoussant. Je me trompe?

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    2. Repoussant, non, à condition d'y aller entre la mi septembre et juin... Non, je plaisante, il y a des coins plutôt sympas, et c'est long, la côte fait de nombreux kilomètres, tout dépend où on va. Et puis bien que ce roman n'ait pas dû t'en donner l'impression, les plages y sont "sauvages", pour la plupart (les stations balnéaires sont de petite taille, et les constructions n'y sont pas trop moches), et il y a beaucoup de forêts, de pistes cyclables.. Non, franchement, y a pire !!
      Mais l'un des campings où j'ai travaillé comptait 3600 personnes en pleine saison, de quoi te donner envie de passer le reste de ta vie dans une grotte !!

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    3. 3600 personnes? J'ai envie de vomir! Je préfère, et de loin, le côté sauvage. Je suis une incorrigible solitaire!

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  2. j'ai horreur des campings, mais d'une force !!! Surtout dans les Landes, j'en ai des souvenirs suffocants, justement ... Mais bon, quatre étoiles, je ferai peut-être un effort, alors.

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    1. Je ne voudrais pas que ce roman réanime certains souvenirs!

      Pour l'effort, je ne crois pas que ça vaille la peine. En fait, mon petit doigt me dit que ça ne passera pas entre ce roman et toi. Mais... je peux me tromper!

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  3. Un billet qui accroche, en effet… mais je viens juste de faire le plein de lectures!

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    1. Et dans ce plein, je suis certaine que j'y trouverais mon compte. Il me restera toujours un peu de place dans ma PÀL!

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  4. alors, oui, moins "enthousiaste" que toi, même si globalement j'ai bcp aimé ! Le côte "sur-marketing" de la RL qui envisageait Camus comme "parrain", j'ai peu aimé..j'y ai plus trouvé un côté "Sagan" (mais je dois être la seule, les médias mainstream sont contre moi LOL).
    Pour un premier roman, à part qq maladresses dans la narration, je trouve ce roman presque juste à mon avis, l'auteur n'a jamais foutu les pied dans un camping de la côte landaise...)

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    1. Camus? Je trouve qu'il charrie pas mal, là. Sagan? Je connais, mais je ne l'ai jamais lu. Donc, je ne saurais dire.

      Certes, il y a bien quelques maladresses dans la narration, mais comme premier roman, il a visé juste. L'intrigue plutôt bien ficelée, un style qui a un certain coffre et des personnages bien campés. Un auteur que je suivrai de près.

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  5. Oui, c'est vrai, il y a une atmosphère. Mais je suis restée complètement à la porte de ce récit, qui ne m'a jamais touchée...

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    1. C'est vrai qu'il y a une certaine froideur tout du long. Le contraste est fort entre la chaleur ambiante et l'intrigue dépourvue d'émotions. Il n'y a rien d'attendrissant ni de touchant, dans ce roman. Mais c'est justement ça qu'il fallait ressentir, à mon avis.

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  6. J'ai bien l'intention de le lire celui-là, mais comme je sors tout juste d'un roman au thème semblable (que je te recommande chaudement), "77", de Marin Fouqué, je vais laisser passer un peu de temps avant de m'y atteler.

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    1. Tu me recommandes "77"? Je l'avais justement repéré, celui-là. J'ai lu un extrait sur le site d'Actes sud et je me demandais si le style si particulier ne devenait pas trop lourd sur 224 pages? On dirait bien que non!

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    2. Très bien. Je sais ce qu'il me reste à faire! Et... merci pour la tentation.

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  7. Malgré le bien que tu en dis, je ne suis pas spécialement attirée ... mais j'ai adoré lire tes souvenirs de vacances ;-)

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    1. Je comprends ta non attirance. Je vois difficilement ce qui pourrait te plaire dans ce roman. En tout cas, je n'aurais pas été tentée de te le conseiller. Par contre, tu aurais eu un plaisir fou à partager notre road trip!

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    2. Un road-trip avec vous!? Ce serait le pied!

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    3. Tu n'imagines même pas à quel point!

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  8. Un premier roman qui m'intrigue et un auteur qui démarre fort on dirait

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    1. À mon avis, comme premier roman, ça démarre plutôt fort, oui. C'est bien maîtrisé, du début à la fin. Tu devrais y jeter un oeil!

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  9. Un roman bien actuel on dirait... j'ai lu un article similaire sur le sexe chez les jeunes ! Pas spécialement attirée par ce roman, mais s'il est dispo à la bibliothèque je me laisserais sans doute tenter.

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    1. Il est prenant, il se dévore en un clin d'oeil. Du lourd, mais pas plombant pour deux sous...

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  10. ça a tout pour me plaire...merci !

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  11. je le croise beaucoup en ce moment...et j'aime ce que tu en dis!

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    1. Tu pourrais te laisser prendre au jeu. Tu y trouverais assurément quelques maladresses de débutant, mais rien d'agaçant au point de ne pas apprécier.

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