Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon · Jean-Paul Dubois

jeudi, octobre 17, 2019


À peine un mois sest écoulé depuis que j’ai lu mon premier roman de Jean-Paul Dubois. Comme tu le vois, je n’ai pas perdu de temps pour battre le fer pendant qu’il était chaud et replonger. Le Paul en question de son dernier roman a vu sa vie de bonheur paisible partir en fumée. Il se retrouve enfermé entre quatre murs, dans une cellule de six mètres carrés. Deux ans de détention à la prison de Bordeaux, à Montréal. Il partage ses jours et ses nuits avec Patrick Horton, un Hells Angels incarcéré pour meurtre.

Au présent de la vie carcérale de Paul viennent se greffer des bribes de son passé et de son histoire familiale. Son enfance toulousaine entourée dun père pasteur à la foi vacillante et dune mère propriétaire d’une salle de cinéma d’art et d’essai recyclée en cinéma porno. Son exil au Québec, sa vie d’adulte, son travail d’homme à tout faire dans un immeuble d’Ahuntsic, son histoire d’amour avec une Algonquine. Un chemin de vie plutôt bien fleuri. Jusqu’à ce que la tragédie frappe.

Des personnages terriblement émouvants dans leurs failles. Un Paul sensible, intègre, un brin désabusé, toujours lucide et bienveillant. Même Nanouk, sa chienne, m’a tiré quelques larmes. L’amitié qui se tisse entre Paul et Horton est touchante sans bon sens. Rarement un Hells Angels ne m’aura apparu aussi attachant. Sa langue bien pendue, sa désinvolture, sa phobie des souris, sa fixation sur les Harley Davidson, sa peur bleue des dentistes et des coiffeurs, en font un personnage succulent, à mille lieues des clichés.
                                       
Pour la Québécoise que je suis, j’ai été ravie de découvrir que Jean-Paul Dubois connaissait bien le Québec, ses lieux, son histoire. Qu’il s’agisse de la prison de Bordeaux, du quartier d’Ahuntsic, de la mine d’amiante de Thetford Mines, du référendum de 1995, de la crise du verglas de 1998, des trois incendies qui ont frappé l’hippodrome de Trois-Rivières, l’auteur s’est bien documenté. Comme sa femme est Québécoise, ça aide à mettre les pendules à l’heure!

Un petit bémol de rien du tout. Qu’Horton, le Hells Angel baraqué, s’exclame «Putain!» à tout bout de champ m’a hérissé le poil des bras. Que cette expression française sorte de la bouche d’un biker québécois, ça écorche les oreilles!

Jean-Paul Dubois est un conteur hors-pair, un créateur d’émotions. Il jongle avec le léger et le grave, le rire et les larmes, la profondeur et l’insolite, mélange la petite et la grande histoire. Servie par une écriture fluide et évocatrice, il se dégage de ce roman une grande humanité, une énergie lumineuse.  

Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon, Jean-Paul Dubois, De l’Olivier, 256 pages, 2019.

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16 commentaires

  1. c'est un auteur que j'aime beaucoup !! Mais là, j'ai botté en touche à cause des rongeurs (je suis phobique au dernier degré !) et l'idée qu'il y en ait dans le bouquin me laisserait avec des cauchemars, donc pas pour moi cette fois LOL

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    1. MDR Les rongeurs occupent à peine une page dans le roman! Pas de quoi fouetter un chat!

      Sinon, qu'est-ce qui fait qu'avec un auteur que tu apprécies, tu choisisses parfois de passer ton chemin? Le mood du moment? L'intrigue qui ne te parle pas?

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  2. Mes échappées livresques18 octobre 2019 à 02:07

    Depuis tes éloges sur Dubois, je me suis procurée Une vie française, il ne me reste plus qu'à trouver le moment adéquat pour le lire! ;)

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    1. J'ai aussi mis la main sur cette "Vie française". Il paraît que c'est son plus grand roman. Alors, je ne risque pas d'être déçue.

      J'espère que tu auras autant atteinte que moi par «l'effet Dubois»!

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  3. Une vie française est paraît-il, son meilleur. Je ne l'ai jamais lu cet auteur mais tu donnes très envie!! Tu allonges drôlement ma liste d'envies, toi !

    Ah le "Putain" dans la bouche d'un québécois, je comprends que ce soit rageant. Vous avez un équivalent chez vous? En Belgique, on est très "Putain" aussi, mais avec toutes ses déclinaisons en patois en plus ^^

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    1. Il paraît, en effet, que c'est son meilleur. J'ai évidemment mis la main dessus. S'il est supérieur à ce que j'ai lu de lui jusqu'à maintenant, je vais en perdre mes mots et toute ma contenance!

      Ici, les sacres liés à la religion pullulent : câlisse, tabarnak, ciboire, osti, calvaire, baptême, etc. Tu vois le genre? Aussi, tu comprends que «putain», dans le contexte d'une prison québécoise, ça sonne faux en... sacrement!

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  4. Ravi que tu t'immerges enfin dans l'univers de cet écrivain et que cela te plaise autant !

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    1. Tu n'imagines même pas à quel point. Je fais une fixation!

      Il était temps que j'y vienne, non?

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  5. Je vais publier prochainement ma critique, j'ai été assez déçue par ce roman, j'y ai retrouvé des tas de choses que tu mentionnes et que j'aime chez cet auteur mais je n'ai pas été ébouriffée... ET je suis presque sûre que c'est parce que je l'ai lu après Starlight !

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    1. Je file lire ton billet. Comme quoi, j'ai bien fait de faire le chemin inverse et de lire "Starlight" après!

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  6. faut relire deux fois "à la prison de Bordeaux, à Montréal." pour comprendre .. quel drôle de nom pour une prison ! sinon, oui apparement te voilà amoureuse d'un auteur français contemporain.. je suis en train de te perdre ...
    J'ai bien ri en voyant ton agacement avec les putain, je me souviens de votre discours avec Maud sur les jurons francophones - moi je pense toujours aux films de Nolan avec tous les jolis mots religieux criés à bout de champ ;-)

    bon j'avoue que je ne suis toujours pas tentée par cet auteur ...

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    1. Mon immersion dans la littérature française contemporaine me change un peu des Américains. Mais je suis très très sélective! Et ce que je lis, jusqu'à maintenant, me ravie énormément. T'inquiète, les auteurs américains resteront toujours mes grands amours!



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  7. Désolé. Vraiment. Or je vais ‘’péter la balloune’’ d’un peu tout le monde, notamment celle de mon collègue Abdel, à l’égard du Goncourt 2019. Les pages 21 à 23 m’ont... achevé, un peu comme un sac de couchage, quelques blocs de ciment et le quai de St-Igance-de-Loyola, si cher aux Hells Angels québécois, l’auraient fort bien fait, ici, au fond du Saint-Laurent. Ce roman, et surtout... THE prix qu’il a obtenu, témoignent d’un seul fait, d’une seule persistance: le putain, dixit Horton (patronyme fort peu répandu au Québec, soit dit en passant...) de COLONIALISME LITTÉRAIRE de notre très sainte mère la France, le ‘’tabarnak d’ostie d’câliss de colonialisse à marde des ostie de Françââs’’ (désolé, à nouveau, mais voici comment Patrick Horton aurait dû s’exprimer dans ce bon roman, sans plus). Lorsqu’on joue de l’(hyper) réalisme littéraire, on ne peut pas mettre de tels mots (putain, connard, petite merde, etc.) dans la bouche d’un Hells full patch - et probablemet Filthy Few - du Québec, tout emprisonné qu’il soit. Ce crime serait l’équivalent, dans la bouche de Meursault, d’un ‘’Criss... ma mère é morte à matin’’. Gagner alors THE prix? Putain... d’académisme colonial!

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    1. Tu n'as pas à être désolé. J'adore quand on passe ici «péter la balloune». J'en conclus qu'Abdel a apprécié? Parce que c'est le Goncourt ou parce que c'est Dubois?

      Si les pages 21 à 23 t'ont achevé, est-ce à dire que tu as enterré le roman, sans le terminer, en-dessous de ta galerie? Ou bien était-ce ma copie et tu as eu la délicatesse de le remettre à ta douce, qui me l'a remis en parfait état?

      C'est vrai que le patronyme Horton n'est pas courant par ici. En fait, le seul que j'ai le malheur de connaître, c'est Tim, et celui-là s'écrit avec un s!

      J'ai tiqué sur ces mots sortis de la bouche de Horton. Mais à te lire, je réalise à quel point leur résonance est cacophonique. Dubois aurait pu en profiter et consulter son épouse (québécoise) par acquit de conscience...

      Et ton exemple camusien vient enfoncer le clou. (Quoiqu'un Meursault québécois, ça me dirait bien de lire ça, moi!)

      Pour ce qui est du Goncourt, je préfère me taire. D'ailleurs, c'était le premier Goncourt que je lisais. Faut dire que je l'ai lu avant l'attribution du prix. Il m'arrive souvent de snober les prix...

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