Love medicine · Ligne brisée · L'épidémie de VHS

lundi, mai 25, 2020


Sais-tu, j’haïs pas ça pantoute cette façon de faire. Je publie moins souvent et jai cessé de me casser la tête pour tricoter mes billets. Droit au but! Je te glisse deux mots sur les trois romans qui ont occupé mon temps dernièrement. Il y en a eu d’autres depuis, mais j’y reviendrai. Un livre à la fois.


LOVE MEDICINE · LOUISE ERDRICH

J’aime beaucoup Louise Erdrich. J’ai lu ses plus récents romans (Dans le silence du vent, Le pique-nique des orphelins et LaRose), mais pas ses plus anciens. Je suis remontée à la source et j’ai extrait Love Medicine de ma PAL, son premier roman. C’est le meilleur roman de Louise Erdrich que j’aie lu. C’est pas mêlant, je n’en suis pas encore revenue. Tant de maîtrise, tant de densité et de profondeur font de ce roman (son premier, je te le rappelle) quelque chose de grandiose.

Je ne te raconterai pas l’histoire. D’autant plus que je serais bien en peine de le faire, tant les acrobaties et les subtilités de lintrigue abondent. Je ne te parlerai pas non plus des personnages, sinon pour te dire qu’ils sont presque tous flamboyants et mémorables.

Je te dirai seulement qu’il s’agit d’une chronique familiale comme tu en as rarement lue, que ça se passe dans une réserve du Dakota du Nord et qu’on y suit la vie de deux familles ojibwées sur une bonne quarantaine d’années.


Je te glisse juste une petite idée du ton, avec les mots de Lyman:
Pour commencer, ils [les Blancs] vous donnaient des terres qui ne valaient rien et puis ils vous les retiraient de sous les pieds. Ils vous prenaient vos gosses et leur fourraient la langue anglaise dans la bouche. Ils envoyaient votre frère en enfer, et vous le réexpédiaient totalement frit. Ils vous vendaient de la gnôle en échange de fourrures, et puis vous disaient de ne pas picoler. Il était temps, il était plus que grand temps que les Indiens se dégourdissent et commencent à utiliser la seule force qu’ils avaient à leur disposition – la loi fédérale.

Je te préviens, ça décoiffe! Tu risques, comme moi, d’avoir le tournis et de t’y perdre un peu au début. Mais une fois bien en selle, tu ne voudras plus descendre. J’ai rarement lu de roman choral aussi bien maîtrisé. Chaque personnage se tient, solide comme du roc, possède sa voix propre et unique. L’arbre généalogique en début du roman m’a donné un bon coup de main pour m’y retrouver. L’écriture précise, à la fois serrée et sinueuse, est savoureuse. J’ai souvent ris, j’ai serré les dents, j’ai eu une boule au ventre et la larme à l’oeil. Au risque de me répéter, j’en suis pas encore revenue. J’ai été éblouie comme ça m’arrive trop peu souvent. Si ce n’est pas déjà fait, lis-le!

Love Medicine, Louise Erdrich, trad. Isabelle Reinharez, Livre de poche, 512 pages, 2011.
 ★★



LIGNE BRISÉE · KATHERENA VERMETTE

J’ai une drôle d’histoire avec ce roman. J’ai essayé de le lire. Deux fois plutôt qu’une. Faut croire que je n’ai pas essayé assez fort. La première fois, j’ai abandonné après deux chapitres. La deuxième, je me suis rendue à peine plus loin. Jamais deux sans trois. Je me suis dit que la troisième tentative serait la bonne. Et ça l’a été.

Une fois la dernière page tournée, je me suis demandée ce qui clochait. Pourquoi l’enthousiasme d’Electra n’était-il pas contagieux? La prémisse était excellente, pourtant, et les romans choraux, j’adore ça. Mais ici, j’ai eu l’impression que toutes les voix étaient identiques (contrairement au roman de Louise Erdrich, où chacune est unique). Forcément, parmi ces voix, certaines résonnent plus que d’autres; plusieurs font tellement pâles figures (beaucoup moins développées, plus stéréotypées)... Un meilleur équilibre aurait été souhaitable. Mais là où le bât m’a blessée, c’est au niveau du style. J’ignore si c’est dû à une traduction boiteuse, mais j’ai trouvé lensemble inconsistant, sans aucune finesse. Les dialogues sont surabondants, les tournures de phrases sans éclat, les répétitions agaçantes (ça se tient la main à tour de bras, là-dedans). Reste qu’au final, j’en suis venue à bout!

Ligne brisée, Katherena Vermette, trad. Mélissa Verreault, Québec Amérique, 456 pages, 2017.
★★



L’ÉPIDÉMIE DE VHS · ALEXANDRA TREMBLAY

Un premier roman. Un tout petit roman. J’ai lu la première page et les mots m’ont grandement séduite.

Ça commence comme ça :

Cette histoire s’est passée à une époque où j’étais blême et à bout de souffle à force de m’étouffer avec l’air du temps. Tout sentait trop l’eau de Javel, le gaz, le varech, la glaise et le feu : c’était le printemps à Colombier. […] J’attendais que quelque chose arrive pour me délivrer. C’était une situation sans issue. J’ouvrais grand mes yeux, ahurie, je voulais m’entailler les paupières. J’avais quinze ans.

Plus je tournais les pages et plus je déchantais. Non pas que les mots aient eu moins d’audace ni de fraîcheur, mais l’intrigue, elle, m’est apparu de plus en plus inconsistante, ne tenant pas à grand-chose.

Dans un petit village de la Haute-Côte-Nord, Häxan (de que cé?) traine son lourd désoeuvrement et son ennui, rêve de partir s’épanouir à Montréal. Léo-Lune (qué cé ça, encore?), un gars plus vieux qu’elle, s’installe au village avec sa caméra VHS. Il lui fait tourner la tête pendant un temps. Jusqu’aux désillusions.

Ça me parlait bien, cette histoire. Ma propre adolescence ennuyante a pris une autre tournure à seize ans, quand je suis partie vivre à Montréal. L’ennui de Häxan, je la connais. L’adolescente qui se pense différente, originale (ah, l’adolescence prétentieuse!), je connais bien aussi. Mais tout ça pour ça? Je n’ai pas compris l’intérêt des revirements dans la narration (du «je», du «tu», puis du Léo-Lune) ni ce que venait faire «la sorcière de Colombier» dans tout ça. Pis je t’épargne ce que je pense des prénoms à coucher dehors, pour le moins invraisemblable dans ce coin de pays. Une chance que les mots sont venus donner du poids à cette histoire plutôt convenue d’ado désoeuvrée.

L’épidémie de VHS, Alexandra Tremblay, Del Busso, 112 pages, 2020.
★★

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28 commentaires

  1. Ah bien, je note le Erdrich, j'ai beaucoup aimé La chorale des maîtres bouchers et je souhaitais continuer la découverte de cette auteure, mais à chaque fois que je lis un billet sur un de ses titres, il y a un bémol qui me dissuade !
    Et j'ai vu ta proposition de LC pour le Strout. Je suis partante bien sûr, mais si tu n'y vois pas d'inconvénient, cela m'arrange plutôt à partir de début octobre, pour me laisser le temps de lire des pavés sur juillet-août, et j'ai déjà 2 LC sur septembre (dont celle du Haruf).

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    1. C'est le premier roman de Louise Erdrich que je lis et que je n'ai aucun bémol. C'est dire!
      Tu imagines bien que maintenant, je compte lire "La chorale des maîtres bouchers" et "La malédiction des colombes", pis "La décapotable rouge" aussi.

      Ça me va pour le Strout en octobre. Je m'en réjouis d'avance. D'ici là, va attaquer tes pavés et déguster Haruf!

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  2. Bon ben, je note Louise Erdrich… M'est avis qu'elle est bien cabossée comme j'aime - mais qu'il y a de la tenue dans son écriture, comme j'aime aussi! ;-)

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    1. Oh oui, il y a chez Louise Erdrich du cabossage et de la tenue, un mélange parfait!

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  3. Le Louise Erdrich a l'air merveilleux...

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    1. Il l'est! T'as pas idée. Une fois que je me suis démêlée, ce roman a été une vraie bouffée de fraîcheur.

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  4. Mes échappées livresques27 mai 2020 à 00:22

    Pour Louise Erdrich, je n'ai plus le choix, il faut que je la découvre et ce titre me semble parfait pour démarrer.
    Dommage pour Ligne brisée, je l'avais noté suite au billet d'Electra et là ton billet m'a bien refroidie...

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    1. Plus le choix pour Erdrich. Surtout avec ce titre...

      Pour "Ligne brisée", il aurait été préférable, je pense, qu'on puisse le lire en anglais. D'autant plus que la couverture est tellement, mais tellement plus invitante.

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  5. Rhooo je n'ai toujours pas lu Love Medicine, qu'est-ce que tu donnes envie ! Je vais le faire remonter de la PAL pour les vacances.

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    1. Si, en plus, il est dans ta PAL... Quel excellent moment j'ai passé. Je suis déjà nostalgique de sa lecture. Il est un peu raide au début, mais une fois embarqué, c'est du bonheur à l'état pur.

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  6. Tenter trois fois de lire un livre, et un pavé qui plus est?! Tu es tenace!
    Le Louise Erdrich est tentant.

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    1. Tenace! On peut dire ça. N'empêche que si j'ai hésité si longtemps, il y avait bien une raison! Raison j'ai maintenant trouvé.

      Pour le Louise Erdrich, alors là, c'est du bonheur pur. Fonce!

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    2. Je te fais confiance! J'ai tenté il y 2-3 ans La Rose mais j'ai vite abandonné, peut-être pas le bon moment...? Je vais commencer par celui-ci et retenterai éventuellement LaRose ensuite.

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    3. Si, pour LaRose, tu as lancé la serviette à cause des nombreux aller-retour dans le temps et des dialogues imbriqués dans le texte, ça ne se passera pas beaucoup mieux avec "Love Medicine". C'est un peu sa marque de commerce, à Louise! Tu es prévenue!

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  7. Bah moi je les aime bien comme ça tes billets, ils vont droit au but, ils ne racontent pas l'histoire, ça me va parfaitement. Bref ! Avec Erdrich, j'ai une drôle d'expérience, j'ai beaucoup aimé Dans le silence du vent mais j'ai abandonné LaRose. Alors, ton avis me donne bien envie de me plonger dans Love medicine mais bon... Pour les autres je laisse tomber alors. Pourtant Ligne brisée m'attirait bien.
    De toute façon, je n'ai plus du tout le temps de lire, alors...
    Ah si tiens, en ce moment, quand j'ai un peu de temps libre, je lis les nouvelles de David Vann et je pense à toi... parce que ça ne me passionne pas. J'ai l'impression de lire toujours la même chose chez lui... Ca m'agace. Je vais toutes les lire mais sans aucun enthousiasme.

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    1. Merci pour l'appréciation! Ça plaît ou non, ce genre de billet. Il y a les fervents du long et ceux du court. On ne peut jamais plaire à tout le monde! Mon mood de billets courts est là pour rester, je pense bien.

      Pour Louise Erdrich, trois lectures valent mieux que deux! Lis "Love Medicine" et ton coeur balancera!

      Comment ça, plus du tout le temps de lire? Pis après, les nouvelles. C'est une bonne idée d'en lire, faut de long temps. C'est certain qu'avec David Vann, on lit toujours la même affaire, mais tourné un brin différemment. Je comprends ton manque d'enthousiasme. Moi, j'ai beaucoup aimé son recueil. N'empêche, il ne faudrait pas qu'il publie encore en tournant autour de son pot, parce que je ne vais plus suivre. Un peu de renouvellement ne ferait pas de tort.

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  8. toujours aussi fan de ce format ma chère Marie-Claude :) Continue comme ça! et si en plus ça te fait du bien, c'est tout bénéf! Je n'ai jamais lu Louise Erdrich et évidemment ton billet me séduit. Quand je vois les 512 pages je ralentis et me dis qu'il va me falloir 6 mois pour le lire mais je le note quand même :-) Porte-toi bien !

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    1. Merci tellement, Laeti! C'est tout bénéf pour moi, c'est certain. Plus de cassage de tête ni de langue à terre. Je retrouve le plaisir de pondre des billets.

      Ce n'est pas une bonne idée de lire "Love Medicine" à petites gorgées. Il faut s'immerger dedans sous peine d'en perdre trop de bouts. C'est une lecture immersive! Aussi, attends à la retraite pour t'y plonger!

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  9. j'ai lu ton billet mais pas eu le temps encore de commenter, oui bizarre avec la traduction de Ligne Brisée car en anglais, le roman est magnifique ! Pour Erdrich, je n'ai pas de doute. J'avais commencé à le lire en français puis en anglais .. bizarre parfois ces histoires de rencontre ..et pour le dernier, ben là, rien que les prénoms et puis l'histoire bref, désolée (mais j'ai pris du plaisir à lire ton billet)et finalement tu es bien plus en veine que Jérôme !

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    1. Pour le Vermette, j 'ai ragé de ne pas pouvoir le lire en anglais... La traduction ne coule pas. Reste que l'histoire est juste excellente. Et la couverture anglaise est renversante comparativement à celle de la version québécoise.

      Pour le Erdrich, j'en déduis que tu n'es pas venue à bout du roman, ni en anglais ni en français? Faudra que tu m'expliques!

      Pour le dernier roman, il est aux antipodes de ce que tu aimes!

      Plus en veine que Jérôme, oui. Surtout depuis, avec mes dernières lectures... À suivre!

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  10. Bon, ben du coup, pour une fois, je ne note aucun titre, vu que j'ai déjà lu Love Médecine, et que je suis inconditionnelle de cette auteure, chaque roman, même un peu moins bien que les autres, fonctionne pour moi. Elle me décoiffe quoi !

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    1. Comme toi, je suis devenue une inconditionnelle de Louise Erdrich, encore plus après avoir lu "Love Médecine".
      Décoiffant comme on aime!

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  11. Louise Erdrich bien sûr ! Je n'ai jamais rien lu de décevant chez elle.

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    1. Pareil que toi! Mais ce roman-ci est particulièrement bien tourné. Inoubliable!

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  12. Je n'ai encore jamais lu Louise Erdrich, mais je compte bientôt y remédier ! J'ai LaRose dans ma PAL. Penses-tu que ce roman soit un bon point d'entrée dans l'oeuvre de cette romancière ? Love Medicine sera mon suivant, du coup ♥

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    1. Pour ma part, j'ai énormément apprécié LaRose. Pourtant, il en a divisé plus d'un, sans que je comprenne trop pour quelle raison. C'est à mon avis un bon point d'entrée. Tout y est! Tu jugeras après si ça passe ou ça casse (mais... j'ai un bon feeling que ça va passer!)

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  13. Je tope là ! Merci pour le conseil :)

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