Les frères K · Les fils de la poussière · Écorces vives

lundi, janvier 07, 2019


Ici, les vacances des Fêtes riment avec grasses matinées et légèreté. Pendant mes deux semaines de congé, j’ai marché – mangé – parlé, j’ai repeint ma cuisine et dégringolé de mon escabeau, j’ai popoté et... j’ai lu un bon gros pavé et deux polars. Aucun coup de coeur, rien de vraiment marquant, mais du pur plaisir entrecoupé de quelques bâillements.


LES FRÈRES K – D. J. DUNCAN

L’arbre généalogique de la famille Chance compte de nombreuses ramifications. Le paternel, Hugh, est un joueur de base-ball semi-professionnel dont la carrière est partie en miettes. Un bête accident de travail: un pouce écrabouillé et une carrière sur le carreau. Sa femme Laura, adventiste du Septième jour, aimerait bien que sa foi soit contagieuse. Quatre garçons et des jumelles identiques forment la fratrie. Kincaid, le plus jeune fils, raconte.

Je ne m’étendrai pas sur l’intrigue, qui se vit plutôt qu’elle ne se décrit. L’amour, la religion, le baseball sont le socle sur lequel repose les liens familiauxLes enfants grandissent, se chamaillent, se tirent les cheveux, mais au final, ils se tiennent les coudes serrés. Tous les personnages du roman sont de ceux qui réchauffent le coeur, à la fois accessibles et familiers. Cest une œuvre dense, épique, tantôt hilarante, tantôt d’une tristesse à sortir la boîte de Kleenex. J’ai eu du mal avec les longs passages sur le baseball, au point que jai bien failli en sauter certains. Nen reste pas moins que ce portrait de l’Amérique des années soixante m’a bien plu; la hâte de retrouver les membres de la famille Chance était toujours au rendez-vous.

Les frères K, David James Duncan, trad. Vincent Raynaud, Monsieur Toussaint Louverture, 800 pages, 2018.

·  ·  ·         ·  ·  ·         ·  ·  ·

LES FILS DE POUSSIÈRES – ARNALDUR INDRIDASON


Mon histoire d’amour avec l’Erlendur d’Indridason se poursuit. Après une dizaine d’enquêtes mettant en scène Erlendur et Sigurdur Oli, il était temps que la toute première soit enfin traduite.

Ça commence sur les chapeaux de roue. Palmi est témoin en direct du suicide de son frère Daniel, interné dans un hôpital psychiatrique de Reykjavík. Le même jour, Halldor Svavarsson, un enseignant à la retraite, est brûlé vif dans lincendie de sa maison. Un fil relie ces deux hommes. Mais lequel? L’enquête est menée parallèlement par Erlendur, aux côtés de Sigurdur Oli et d’Elinborg, et par Daniel, un libraire grugé par la culpabilité. Le voile se lève progressivement et la scène n’est pas reluisante. Il y est question d’une classe de cancresde gélules d’huile de foie de morue et de beaucoup de chantage.

Impossible de bouder mon plaisir. J’ai été ravie de lire cette première enquête, de rencontrer Erlendur divorcé, père de deux grands enfants à problèmes et Sigurdur Oli, fraîchement débarqué des États-Unis, où il était parti étudier. Bien au-delà de l’enquête, c’est le plaisir de découvrir les débuts de la relation entre mes flics islandais préférés qui ma le plus ragaillardie. Un bon moment de lecture.

Les fils de la poussière, Arnaldur Indridason, trad. Éric Boury, Métailié, 304 pages, 2018.
·  ·  ·         ·  ·  ·         ·  ·  ·

ÉCORCES VIVES – ALEXANDRE LENOT

Trois étrangers que rien ne lie viennent se terrer au fin fond du Cantal. Trois exilés venus y trouver refuge, loin de leur passé. Chacun porte son secret sous le bras. Eli, anéanti par la mort de sa douce, met le feu à la ferme où il se voyait vieillir avec elle. Laurentin, gendarme boiteux, ex-parisien divorcé, marche avec ses chiens entre ses heures de travail. Louise, jeune femme maganée par la vie, est accueillie dans la ferme dun couple d'Américains pour s’occuper de leurs chevaux. La venue de ces étrangers bardasse la tranquillité ambiante du patelin, bien encroutée. 

La tension monte, le couvert du chaudron va sauter. L’ambiance qui s’en dégage est inquiétante, peuplée de méfiance et de violence. Aucune longueur, aucun rebondissements douteux, ici. Juste l’implacable réalité d’un coin de pays où les étrangers ne sont pas les bienvenus. Un roman choral que jai trouvé d’une grande efficacité, hautement maîtrisé. La finesse de l’écriture et le style accrocheur sont ce qui m’a le plus emballée. Il est rare de retrouver un souffle narratif aussi puissant dans l’univers du polar.

Écorces vives, Alexandre Lenot, Actes Sud, 208 pages, 2018.

Vous pourriez aussi aimer

28 commentaires

  1. Oh ! Mais je suis vachement contente que tu aies aimé "Ecorces vives" !! C'était un très bon polar !!
    Je n'ai pas lu "Les frères K" et on le voit un peu partout, on verra si je me laisse tenter !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci à toi! Sans ton billet, je serais passée à côté d'"Écorces vives". Le style m'a totalement charmée. Quelle plume puissante!

      Je suis étonnée de voir à quel point on voit partout les "Les frères K". Surtout qu'il s'agit d'une maison d'édition un brin nichée (tant mieux!) et qu'il s'agit d'un gros pavé. Pas certaine, toutefois, qu'il puisse t'emballer. À voir!

      Supprimer
  2. Je viens aussi de finir Les frères K, même avis que toi pour les passages sur le baseball. J'aimé ce livre même si j'ai trouvé les 300 premières pages très longues. Écorces vives me tente depuis un moment, je vais finir par craquer :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pour "Les frères K", c'est vrai qu'une fois passée les 300 premières pages, ça commence à décoller. Une chose est certaine, on s'attache vite à cette famille.
      Si tu as envie d'un très bon polar rural français, "Écorces vives" est pour toi. Et ce style...!

      Supprimer
  3. J'ai beaucoup hésité à lire Les frères K - retours dithyrambiques mais ce pavé... pas idéal pour une lecture rapide. Ton avis plus mesuré m'intrigue, mais me réconforte néanmoins de ne pas l'avoir lu!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je comprends ton hésitation! Si cela n'avait été des vacances, j'aurais repoussé sa lecture à cet été. C'est tout un pavé, écrit assez petit, en plus!
      C'est vrai que les avis sont majoritairement dithyrambiques. À tout le moins, je n'ai rien lu de négatif. Même si j'ai bien aimé et que je me suis attachée à la famille Chance, j'avais hâte de le terminer et de passer à autre chose. 800 pages, quand même!

      Supprimer
  4. mais nous sommes mardi ! j'attendais ton billet mercredi ! bon, je pense que le premier me plairait (je préfère le football américain au baseball mais tant pis !) mais j'ai mon programme de fait ! et sinon, oui Erlendur ! et pour le dernier, je ne connaissais pas, mais deux polars ! et le coup de l'escabeau !! je ne savais pas ! et ça "bardasse" la tranquillité ? connaissais pas ce mot-là non plus !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je suis tellement mêlée dans les journées! Et me semble qu'il y a une éternité que j'avais publié.
      Je ne sais pas si ces "Frères K" te plairait. Il y a quelque chose de très près de John Irving, je trouve.
      Et pas question de déroger de ton programme (tsé, tu as pris des résolutions...!).
      Comme quoi tu n'as pas encore épuisé tout mon répertoire d'expressions!

      Supprimer
  5. Des vacances tranquilles et reposantes, ça c'est bien! Un peu à l'image des nôtres :)
    Tiens tu lis des polars toi? Il me semble que je n'en vois pas si souvent chez toi. Des romans noirs, oui mais pas des polars, et là deux d'un coup!
    Le dernier a l'air pas si mal.
    (Au fait, bonne année! :) )

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. «Tranquilles et reposantes», avec une cuisine à repeindre, quand même! J'aurais bien pris une semaine de plus!
      Il m'arrive de lire des polars, mais c'est plutôt rare, maintenant. C'est par période. Et la dernière remontait à loin. Deux d'un coup, oui! Je suis bonne pour un bout!
      Bonne et fructueuse année à toi aussi!

      Supprimer
  6. De vraies bonnes lectures de vacances, à lire pelotonnée sous une couverture douillette ... Je lis des polars en vacances aussi (genre Lisa Gardner ou Camilla Läckberg). Je note ton avis élogieux pour l'écriture de "Ecorces vives", le style est souvent ce qui me manque dans les polars. Bonne année Marie-Claude ! Très heureuse de te lire un mardi ;-);-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pareil: je lis des polars en vacances. Toutefois, j'en lis beaucoup moins qu'avant.
      "Écorces vives" vaut vraiment le détour. Côté style, il est vraiment bien (sans parler de l'intrigue...)! Tu as raison, le style (ou l'absence de style) manque souvent dans les polars. Raison de plus pour s'attarder à celui-ci.
      Bonne et belle année à toi aussi!

      Supprimer
  7. Mes échappées livresques8 janvier 2019 à 06:54

    Toujours plongée dans Les frères K, j'avance doucement mais je passe un bon moment également, je te rejoins pour le baseball, un peu trop présent dans le récit à mon goût aussi

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est long, 800 pages. Hein?!
      Si ça peut te rassurer, le meilleur est à venir!
      Bonne suite!

      Supprimer
  8. Hello Marie,

    Ha tu m'as intrigué avec ton coin du Cantal (où je vais me ressourcer dès que je peux) où les étrangers ne sont pas les bienvenus :) En réalité, ces cantalous sont les gens les plus charmants et les plus accueillants que je connaisse (avec les québecois bien sûr), donc je vais me procurer bien vite "ecorces vives" pour me prendre un bain de ruralité...bienveillante :) . Sinon, les frères K m'interessent aussi. Ravie de te lire en cette nouvelle année. Mes meilleurs voeux!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu me vois ravie d'apprendre que les Cantalous sont charmants et accueillants! Fiou! Une chance que ce n'est qu'une fiction et qu'on est «loin» de la réalité.
      Je suis curieuse de voir si tu vas craquer toi aussi pour "Les frères K" et partir à la rencontre de la famille Chance!
      Bonne et belle année à toi aussi!

      Supprimer
  9. Ravie d'avoir ton avis sur les frères K, qui devrait pourtant rester dormir encore un peu dans ma PAL, faute de concentration pour lire un pavé...
    Le seul Indridason que j'ai lu est un qui ne fait pas pas partie de la série Erlendur. Betty avait été une belle claque, l'as-tu lu ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je comprends parfaitement ton désir-besoin de laisser "Les frères K" dormir un peu. Même si ce n'est pas une lecture «exigeante», c'est tout un pavé. Il faut avoir le temps de s'y mettre. Chaque chose en son temps, hein?!
      Contrairement à toi, je n'ai pas lu "Betty". En fait, d'Indridason, je n'ai lu que la série avec Erlendur. Je devrais ratisser plus large, comme je l'ai fait avec Henning Mankell. Même si j'étais accro à Wallander, j'ai tout de même lu plusieurs de ses romans et je n'ai pas été déçue, bien au contraire.

      Supprimer
  10. Les frères K me tentent bien... je n'ai même pas peur des passages sur le Baseball!

    RépondreSupprimer
  11. Je viens de me procurer les frères K. J'ai quelques priorités avant, mais il figure dans mes envies pressantes de lecture.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est vrai? Tu te prépares donc à embarquer dans cette aventure?

      Supprimer
  12. J'ai bien aimé les frères K mais on aurait clairement pu se passer de quelques longueurs.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Entièrement d'accord avec toi. D'ailleurs, ils sont rares, les pavés qui ne comptent pas une centaine de pages en trop!

      Supprimer
  13. Mince alors, pour le Frères K... Ces passages sur le baseball, ça me rappelle "Comment tout a commencé, de Pete Fromm, sauf que contre toute attente, ils sont passés comme une lettre à la poste (ou plus exactement, en ce cas, un home run). Je ne vais donc pas me précipiter mais rester en alerte quand même...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, mince! Peut-être que les passages en question passerait aussi, pour toi, comme une lettre à la poste?
      Mais as-tu envie de t'embarquer dans un 800 pages?

      Supprimer
  14. Je ne sais pas comment c'est possible, mais je n'ai encore jamais lu Indridason ! Ce premier opus me semble l'occasion rêvée et obligée pour m'y mettre.
    Je vais bientôt entamer les frères K. Je verrai si moi aussi je pique un somme sur les matchs de base-Ball, haha

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il y a tellement d'auteurs à lire... Alors, oui, c'est possible!
      Mais tu as une chance immense: partir à la rencontre d'Erlendur avec ce premier opus. Et, si ça te plaît, (surtout Erlendur!), le reste de la série t'attend! Je t'envie!

      Je suis plutôt étonnée (et ravie à la fois) de voir à quel point "Les frères K" est populaire. Une saga familiale américaine de 800 pages, ce n'est pas rien... Hâte de voir si tu vas bailler toi aussi!

      Supprimer

· J'aime m'y promener ·

· visites ·