La loterie et autres contes noirs · Shirley Jackson

jeudi, mai 09, 2019


Après la lecture de La loterie, adapté en roman graphique par Miles Hyman, j’avais très envie de découvrir d’autres nouvelles de la redoutable Shirley Jackson. Outre «La loterie» et «Les vacanciers», les treize nouvelles qui composent ce recueil étaient jusqu’à tout récemment inédites en français. Voilà un autre bon coup des éditions Rivages!

Le recueil s’ouvre avec LA nouvelle la plus connue de l’auteure: «La loterie», dont je ne dirais rien de l’intrigue. Incroyable nouvelle, terrifiante par son pouvoir d’évocation. La chute est l’une des plus inattendues que j’aie lue de ma vie. La désinvolture et la nonchalance des personnages, voire leur indifférence, font froids dans le dos. La publication de cette nouvelle dans les pages du New Yorker, en 1948, a fait scandale, au point que plusieurs lecteurs ont résilié leur abonnement. Choqués, ils ont pris pour réalité ce qui n’était que fiction.

À mon avis, «La loterie» porte ombrage aux autres nouvelles du recueil. Quoique d’un intérêt certain, elles n’ont pas sa puissance. 

Parmi les autres nouvelles que jai appréciées, il y a «La possibilité du mal», dans laquelle une vieille dame bien sous tous rapports manigance pour créer la bisbille entre les habitants de son patelin. J’ai bien aimé aussi «Louisa, je ten prie, reviens à la maison», dans laquelle une jeune femme quitte sa famille pour voler de ses propres ailes. Des recherches sont entamées pour la retrouver. Lorsque Louisa décide de faire un saut à la maison quelques années plus tard, elle est loin de se douter de ce qui l’attend… Dans «Elle a seulement dit oui», une jeune adolescente vient de perdre ses parents dans un accident d’avion. Les voisins s’occupent d’elle en attendant l’arrivée de sa tante. Ici, le malaise vient du fait que la jeune fille ne soit pas aussi affectée que l’exige la situation. Dans «Les vacanciers», un couple de retraités passent l’été dans leur petit chalet en bordure d’un lac. À la fête du Travail, tous les vacanciers plient bagage. Cette année, le couple de new-yorkais décide de prolonger leurs vacances. L’attitude de la population locale se met à changer du tout au tout.

Le plaisir que j’ai eu à lire La loterie et autres contes noirs est difficile à exprimer. L’Amérique des années 1940-1950 décrite par Shirley Jackson a toutes les apparences de la perfection: de jolis patelins où vivent de petites communautés puritaines, bienséantes et bien-pensantes. Mais tôt ou tard, un grain de poussière apparaît, un fil dépasse. C’est immanquable, dans chaque nouvelle vient un moment où le malaise surgit. Tout le plaisir malsain vient justement de l’attente du moment où il surgira! Sans compter que langoisse et la terreur ne sont jamais loin. Sous la pression écrasante des conventions, derrière la façade sociale se cachent la médisance, la paranoïa, et les non-dits. Comme quoi, la noirceur qui gît dans toute âme humaine est insondable. Avec Shirley Jackson, y’a pas de doutes, «L’enfer, c’est les autres.»

La loterie et autres contes noirs, Shirley Jackson, trad. Fabienne Duvigneau, Rivages / Noir, 250 pages, 2019.

Vous pourriez aussi aimer

16 commentaires

  1. Hon sirop que je veux lire ça. J'ai tellement aimé ''La loterie'' qu'il me faut découvrir ses autres écrits. Merci m'dame.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu vas te régaler, ma chère. C'est caustique et irrévérencieux à souhait!

      Supprimer
  2. Super ! J'ai beaucoup aimé la bd et sa fin pour le moins surprenante. .. Et je ne suis pas étonnée que les autres nouvelles semblent un peu ternes à côté.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. La bd m'avais complètement revirée à l'envers. Je n'avais vraiment pas vu venir la fin. Quelle puissance, quelle force d'évocation... C'est normal que les autres nouvelles ne lui arrivent pas à la cheville!

      Supprimer
  3. En tout cas, la couverture est alléchante.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu pourrais lire le roman graphique de "La loterie", dont l'illustration de la couverture est tirée. Ça te donnerais une bonne idée du genre et, à mon humble avis, c'est la meilleure nouvelle du recueil.

      Supprimer
  4. j'ai le recueil en anglais (tu le sais, acheté à Montréal avec toi) et je veux les lire !

    RépondreSupprimer
  5. Tu as tellement piqué ma curiosité, en évoquant cette chute inattendue, que le recueil a déjà rejoint ma PAL ! Je ne pense pas pour autant le lire à temps pour l'édition 2019 du mois de la nouvelle (je lirai peut-être juste La loterie, dans un premier temps, si je n'ai pas la patience d'attendre...).

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bien joué! C'est, à mon avis, un classique qu'il faut lire. "La loterie" est un incontournable... Je suis contente de l'avoir enfin lu.

      Supprimer
  6. Mes échappées livresques11 mai 2019 à 23:21

    j'en suis à la moitié et certaines me plaisent davantage que d'autres (comme La possibilité du mal également), chronique à suivre bientôt ;)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai hâte de te lire!

      La fin de «La possibilité du mal» m'a beaucoup plu! Comme quoi il ne faut jamais cracher dans les airs, car tôt ou tard, ça nous retombe sur le nez!

      Supprimer
  7. Ma curiosité est piquée, je ne connais cette écrivaine que de nom mais voilà que j'ai drôlement envie de découvrir (au minimum !) La Loterie

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, ne serait-ce qu'au minimum avec "La loterie". Ça te donnera une excellente idée du genre et du caractère redoutable, voire retors, de Jackson!

      Supprimer
  8. Je ne connais pas cet auteur, et donc, pas ce recueil. Mais "plaisir malsain" et "caractère retors" sonnent comme de douces promesses à mon oreille. Je vais donc illico aller y voir de plus près :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je suis plus qu'étonnée que tu ne connaisses pas Shirley Jackson. Il te faut aller voir de son côté, ne serait-ce que pour découvrir "La loterie".

      Supprimer

· J'aime m'y promener ·

· visites ·