Starlight · Richard Wagamese

lundi, octobre 21, 2019


Il y a eu Les étoiles s’éteignent à l’aube. Il y a eu Cheval indien. Avec Starlight, c’est ici que ça se termine. J’ai le cœur gros. Richard Wagamese est décédé en 2017, à l’âge de 61 ans. Il n’a pas eu le temps de mettre un point final à Starlight. Son éditeur canadien a eu la brillante idée de ne pas laisser les «wagamésiens» en plan et choisi de publier son dernier roman, même s’il est resté inachevé.

Retrouver Richard Wagamese en sachant que je lis ses derniers mots est une expérience d’autant plus émotionnante.

Starlight est, en quelque sorte, la suite des Étoiles s’éteignent à l’aube. C’était dans ce roman bouleversant qu’apparaissait pour la premier fois Franklin Starlight, un adolescent ojibwé de la Colombie-Britannique. Depuis, il a pris quelques années, a gagné en sagesse et en maturité. À la mort du vieil homme avec qui il a grandi, Frank a songé quitter la région. Arrivé au croisement des routes, il a rebroussé chemin et a décidé de reprendre la ferme laissée par le vieil homme. Frank vit avec Eugène Roth, son bon ami et homme de main. Ensemble, ils mènent une vie de vieux garçons philosophes. Une vie à la Thoreau, en symbiose avec la nature. Lorsqu’il n’est pas en train de poser du bardeau ou de repeindre la grange, Frank part dans la forêt photographier les animaux sauvages. Ses photos lui apportent d’ailleurs un peu d’argent et une belle popularité – dont il n’a que faire. L’arrivée d’Emmy et de sa fille Winnie va chambouler leur quotidien. Emmy a décidé de prendre son destin en main. Pour elle, mais surtout pour sa gamine. Elles ont fui une vie de violence et d’abus. Avant de prendre la fuite, elle a mis le feu à la maison de Cadotte et d’Anderson, croisant les doigts qu’ils y laissent leur peau. Mais ces deux coriaces n’ont pas péri brûlés. Et ils n’ont qu’une envie: retrouver Emmy et lui faire payer sa fuite. Mais c’est sans compter l’énergie du désespoir qui pousse Emmy à sauver sa peau et celle de sa fille. Aux côtés de Frank et de Roth, les plaies à vif d’Emmy et de Winnie vont cicatriser.

Des romans comme celui-ci, il n’en pleut pas des cordes! Le genre de roman qui apaise et réconcilie avec l’humanité, dans lequel il est question de transmission, de rédemption, d’amour et d’amitié. Certes, la vie ne fait pas de cadeaux, mais en revenant à l’essentiel, il est possible de toucher la sérénité du doigt. Agir et faire les bons choix… Le bagage de vie laissé par le vieil homme est bien vivant dans le présent de Frank. La bienveillance de Frank et de Roth est de celle qui redonne foi en l’humanité. L’humour de ce dernier apporte une petite brise fraîche de légèreté. Les rapprochements entre Frank et Emmy sont attendrissants; comme deux adolescents prudes, ils sont gauches et rougissants. La rage et la vengeance bouillonnantes de Cadotte et d’Anderson génèrent un suspense à couper le souffle. Du genre à se ronger les ongles. Comme marcher dans la forêt sur la pointe des pieds, à l’affût du grand méchant loup tapi derrière un arbre.

Plus encore que dans Les étoiles s’éteignent à l’aube, la nature sauvage de l’Ouest canadien est admirablement décrite (et traduite). J’avais envie d’y être, moi aussi, et d’apprendre à respirer la forêt, à tendre la main.

Moi qui déteste les fins ouvertes, j’ai été prise à mon propre jeu. Parce que la fin ouverte, ici, est juste parfaite… même si elle donne froid dans le dos. Un roman enchanteur d’une beauté sidérante, à lire et à relire.

Il était attiré par les gens. Il les trouvait fascinants. Ils étaient aussi  particuliers que les créatures sauvages et il admirait chez eux les germes de sauvagerie qu’ils révélaient lorsqu’ils ne faisaient pas la chose attendue ou appropriée. Il songeait que s’il avait mieux su parler il aurait même pu éprouver le désir de les photographier tout comme il le faisait avec les animaux.

Starlight, Richard Wagamese, trad. Christine Raguet, Zoé, 272 pages, 2019.

Vous pourriez aussi aimer

22 commentaires

  1. Oh mais dis donc, tu as été aussi émue que moi !!! Lire Wagamese et... ne plus arriver à lire d'autres auteurs ensuite...C'est ce qui m'est arrivée. Heureusement, ça y est, je crois que je commende à m'en sortir...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il y a de ces romans dont la lecture créé un immense terrain vague. Difficile de se remettre en selle après. J'ai hâte de savoir quel roman t'a permis de t'en sortir...

      Supprimer
  2. Rôôôh, je me demande pourquoi je n'ai pas aimé Les étoiles s'éteignent à l'aube, et si je ne suis décidément pas passée à côté de tout ce que j'aime (mauvais timing de lecture?). Car cet auteur semble réunir TOUT ce que j'aime, en fin de compte...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Fort probablement un mauvais timing... Ça m'arrive souvent, ça. Il me faut parfois jusqu'à un troisième essai pour être envoûtée.

      Supprimer
  3. je l'attendais ton billet et ta petite larme ! oui il est sublime et j'ai bien aimé les fins qu'il avait imaginées (dans sa novella par exemple) bref tout était magnifique et la nature et puis Wagamese tout simplement ! ah quelle perte ! avec Kent Haruf ...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pourquoi a-t-il fallu que ces deux auteurs meurent si jeunes? Injustice suprême! Une maudite chance que la relecture existe...

      Supprimer
  4. Mes échappées livresques22 octobre 2019 à 03:01

    Eh ba! Quand je lis ton billet, je suis heureuse de savoir qu'il m'en reste deux à découvrir de Wagamese, Jeu blanc était vraiment superbe! Ça promet...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ça promet, oui! Et dire que pour moi, "Jeu blanc" est celui des trois que j'ai le moins aimé. Alors... imagine ce qui t'attend!

      Supprimer
  5. J'ai adoré aussi ! Et j'ai eu beaucoup de mal par la suite avec les romans que je lisais. Je viens enfin de terminer un récit qui m'a autant touchée, quoique totalement différent: "La papeterie tsubaki" d'Ogawa Ito.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu as de la chance d'avoir trouvé chaussure à ton pied et d'être remontée en selle avec un autre roman.

      Histoire de ne pas empiler les déceptions après la lecture d'un roman aussi magique que "Starlight", il faut aller complètement ailleurs. Avec un roman asiatique, ton flair était bon!

      Supprimer
  6. Je n'avais pas vraiment besoin d'être convaincue, mais si cela avait été le cas, je vous aurais décerné, à Electra et toi, le Nobel de la persuasion...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le Nobel de la persuasion? Il ne faut pas exagérer, miss!

      Tant mieux si notre enthousiasme débordant est communicatif. Ce roman incomparable en vaut plusieurs!

      Supprimer
  7. J'avais déjà prévu de le lire bientôt, mais si en plus, la fin ouverte est juste parfaite... :D

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je suis d'ailleurs étonnée que tu ne l'aies pas déjà lu. Mais attends un peu de voir le grand plaisir de lecture qui s'en vient... Ne tarde pas trop!

      Supprimer
  8. Je viens juste de le commencer et je suis déjà sous le charme.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le contraire m'aurait bien étonnée. J'espère que tu seras charmé jusqu'à la toute toute fin...

      Supprimer
  9. Je dois absolument lire cet auteur, mais dans l'ordre !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je ne peux que tu encourager fortement. Et, de lire ses deux romans dans l'ordre, c'est une excellente idée.

      Supprimer
  10. j'ai vraiment beaucoup aimé Jeu Blanc (même si je sais que tu es plus mitigée) et il me tarde de lire Les Etoiles s'éteignent à l'aube et Starlight !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Mitigée... oui. Mais je crois que c'est plus un agacement culturel que littéraire.

      La chance que tu as de ne pas encore avoir lu ses deux GRANDS romans... Je compte d'ailleurs les relire un jour pas très lointain...

      Supprimer
  11. Je le lirai mais avant il faut que je sorte Les étoiles s'éteignent à l'aube de ma PAL.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'avoue que c'est la meilleure stratégie. J'avoue aussi qu'il faut impérativement lire les deux!

      Supprimer

· J'aime m'y promener ·

· visites ·