Archives des enfants perdus · Valeria Luiselli

lundi, novembre 25, 2019


C’est avec Raconte-moi la fin que j’ai découvert Valeria Luiselli. Dans cet essai marquant, elle partageait son expérience de traductrice bénévole auprès de jeunes migrants sud-américains. Archives des enfants perdus est, dans une certaine mesure, le pendant fictif de cet essai.

Un père acoustologue et son fils de dix ans, une mère journaliste et sa fille de cinq ans. Une famille recomposée, donc. Le père a un projet, et il est prêt à tout pour le mener à terme: «faire un inventaire d’échos» portant sur les Apaches. La mère se trouve illico un projet afin d’accompagner son mari: elle réalisera un documentaire sur la crise migratoire des enfants sud-américains refoulés à la frontière. Le couple et leurs enfants entreprennent un road trip qui les mènera jusqu’en Arizona. Mari et femme sont assis à lavant, les enfants à larrière, le coffre rempli de boîtes (livres, documents, photos, enregistrements). Tout au long de la route, les tempêtes se révéleront, au final, autant intérieures qu’extérieures. Qui sait ce qui les attend, une fois arrivé à bon port? La fin de ce périple sinueux marquera-t-elle la fin du couple et, par le fait même, la fin de cette famille?

La femme prend la parole dans la première partie, le garçon dans la deuxième. (Cette partie est la plus captivante, même si, par moment, la voix du garçon sonne faux.) À cela s’ajoutent des passages à la troisième personne, tiré dun roman, Élégies pour les enfants perdus, qui contient des allusions aux œuvres de Rilke, de Juan Rulfo, de Joseph Conrad et de quelques autres. Ça commence à faire beaucoup pour un seul roman…

J’ai autant apprécié ce roman que je ne l’ai pas aimé. Pour le sujet embrassé et l’angle d’approche, c’est une réussite. Pour l’intime qui s’entremêle au social aussi. Là où le bât blesse, c’est la froideur qui nimbe ce roman. Cette froideur notamment créée par l’absence de prénoms. Il en ressort une distance, un détachement qui sied mal à cette expérience de lecture. Je suis restée sur le bord de la route, plutôt que de prendre part à ce road trip. Quelques coïncidences tirées par les cheveux et trop de références sont aussi venues plomber mon appréciation. Un côté brouillon ou expérimental, c’est selon, m’a tenu loin des émotions. Ce choix narratif se défend, mais je le trouve plus à-propos dans un essai. Enfin, j’ai trop senti le travail d’écriture pour me laisser porter sur la vague de l’intrigue, comme si les mots ne coulaient pas de source.

Au final, le roman de Valeria Luiselli est d’une actualité dérangeante et est fort bien documenté. Pour le reste, mon esprit à apprécié, mais mon coeur est resté de glace.

Comme plusieurs, Fanny a davantage apprécié que moi.

Archives des enfants perdus, Valeria Luiselli, trad. Nicolas Richard, de l’Olivier, 480 pages, 2019.

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18 commentaires

  1. Intéressant, ce billet à l'encontre du concert de louanges qui entoure ce titre, que j'avais noté comme une priorité (parmi d'autres...). Je crois qu'il pourrait tout de même bien me plaire...

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    1. Je me sens une fois de plus le mouton noir parmi le troupeau. Ça partait plutôt bien, pourtant. Et puis, l'impression de froideur s'est installée pour ne plus me quitter...

      J'ose espérer que, si tu le lis, tu sauras y trouver un peu de la chaleur, de celle que je n'y ai pas trouvée. À moins que la froideur ne te dérange pas?!

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  2. Merci ! finalement tu as réussi à très bien résumer ce livre, ton ressenti est celui de nombre lecteurs sur GR - trop "cérébral" et te voilà sur le côté à les regarder.. et si l'écriture se fait trop sentir, oh nous partageons les même bémols qui nous gênent dans une lecture !

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    1. Aurais-je plus d'affinités avec les lecture de GR ? Je suis la première déçue... D'autant plus que j'avais adoré son essai.

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    2. Ah tiens.. je n'avais lu de mon côté que des avis positifs, voire dithyrambiques.. Cela me refroidit un peu (c'est le cas de le dire..).

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    3. Me voilà avec mon habit de mouton noir, une fois de plus. Si au moins je faisais exprès! Je voulais tellement l'apprécier, ce roman...

      J'espère que tu ne seras pas trop refroidit pour tenter le coup!

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  3. Mes échappées livresques27 novembre 2019 à 00:26

    Eh bien! un billet bien différent de celui de Fanny! Je reste curieuse sans en faire une priorité pour l'instant

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    1. C'est vrai que sur cette lecture, nos avis divergent. Reste que pour le sujet et l'originalité de son développement, je te le recommande. Après, on le lit comme on le sent. Il était juste trop cérébral pour moi!

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  4. Je vais suivre ton avis mitigé et faire une croix sur cette lecture.

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    1. Tu fais vite une croix, je trouve! Ce ne serait pas le première fois que je passe à côté, alors que toi, tu es emballé.

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  5. Oh dis donc, tu n'es guère enthousiaste. Ca m'arrange finalement, aucun livre à noter !

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    1. Mon enthousiasme du départ s'est dégonflé en cours de parcours, à ma grande déception. J'y ai trouvé un côté trop cérébral, alors que le sujet appelle, à mon avis, plus d'émotions.

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  6. Je ne suis que déception... Non je rigole. Mais c'est vrai que je suis un peu déçue que tu ne l'aies pas apprécié. Et en même temps, je comprends totalement tes bémols :. Certains choix narratifs ( l'absence de prénom, la froideur) ne pouvaient pas te plaire. Moi j'ai adoré, et je ne me l'explique toujours pas.
    La deuxième partie m'a retournée, je n'ai pas trouvé que le ton utilisé était faux.

    Sans rancune, on se retrouvera sûrement autour d'un autre coup de cœur. J'en suis sûre! Des bises, Marie!

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    1. Il y a de ces lectures qu'on s'explique mal son appréciation. Ça se passe, c'est tout et c'est très bien ainsi.

      Je suis la première déçue de ne pas avoir apprécié à sa juste valeur. Il avait tout pour me plaire. Mais ce ton, cette froideur... j'ai déchanté, mais pas au point de ne pas me rendre jusqu'au bout. Et je ne le regrette pas. C'est déjà ça!

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  7. Voilà! Grâce à Electra, je vais ENFIN pouvoir venir mettre mon grain de sel sur tes articles! 😁 Pour l'instant, ça marche depuis le tel, il va juste falloir encore vérifier depuis l'ordi.

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    1. Je peux te lire ici, avec une petite photo près de ton nom. C'est tout bon!

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  8. Je vais passer ce titre, l'absence de prénom et la mise à distance ne vont vraiment pas me plaire, par contre je note son essai "Raconte-moi la fin" ! :)

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    1. Si la crise des enfants immigrants t'intéresse, son essai (tout petit petit) vaut vraiment le détour.

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