Croc fendu · Tanya Tagaq

mercredi, décembre 11, 2019


Enfin, un roman inuit écrit par une Inuite.

Elle, elle a dix ans en 1975. Elle vit au Nunavut, dans une petite communauté de mille deux cents âmes. Plus tard, elle aura dix-sept ans, en 1982. C’est sous un soleil perpétuel, dans l’immensité de la toundra, entourée de neige volage que grandit la jeune Inuite.

Au cœur de ce village, il y a les ivrognes qui rentrent du bar, un p’tit baveux qu’on déculotte, la sirène du couvre-feu, l’alcool et le butane. Il y a les rituels et les actes de bravoure. Il y a le pensionnat et une tentative de suicide. Heureusement, il y a le Plus Beau Gars. Il y a l’Aurore boréale et le ventre de la fille qui grossit. Il y a les jumeaux. Et la mort.

Tanya Tagaq dépeint avec une honnêteté sans fard la vie quotidienne d’une adolescente dans ce bout du Québec. Elle entremêle adroitement courts récits, poésie et mythologie. Ici et là, les illustrations en noir et blanc de Jaime Hernandez mettent un baume sur la dureté des mots. Rarement un tel mélange des genres ne m’a autant fascinée. Un tricot sans fausses mailles. La prose de Tanya Tagaq est acérée, raboteuse, aventureuse. Elle a l’art de créer des images fortes, marquantes.     

Toi qui commences à me connaître, tu sais à quel point j’ai du mal avec tout ce qui vole au-dessus du sol. Le mystère, l’onirisme, le surnaturel, pis toutes ces affaires-là. Tu comprendras donc que j’ai pu avoir du mal avec certains passages, dont celui où la jeune fille s’agenouille devant un renard lubrique, ou encore celui où une aurore boréale met la jeune fille enceinte. 

Sous ses airs de roman d’apprentissage, le roman de Tania Tagaq – son premier – lève le voile sur les conséquences tragiques du colonialisme, de la perte des traditions et de l’essoufflement d’une culture. Je n’ai pas lu Croc fendu. Je me suis laissée porter par sa force et son étrangeté.

Croc fendu, Tania Tagaq, trad. Sophie Voillot, ill. Jaime Hernandez, Alto, pages, 2019.
★★★★★

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29 commentaires

  1. Le sujet se rapproche de Nirliit je trouve.

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    1. Tu me sors les mots de la plume..

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    2. Vous avez un tantinet raison. Sauf que là, l'auteure est inuite. C'est écrit de l'intérieur plutôt que de l'extérieur, et cela fait une certaine différence.

      Je me répète, les Inuits sont à la mode! Ce qui est une bonne chose. (Pour une fois que j'approuve une mode!!!)

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    3. En tous cas je note ce titre, le point de vue "de l'intérieur" et ce que tu dis sur le style sont très tentants. Je suis en ce moment plongée dans un autre "intérieur" du nord avec Homo sapienne de la groenlandaise Niviaq Korneliussen...

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    4. Oh, je suis ravie d'apprendre que tu lis "Homo sapienne". Il m'avait déstabilisé, ce roman.

      Les romans groenlandais, traduit en français surtout, sont si rares. C'était une belle prise de La Peuplade.

      Vivement la lecture de ton billet pour voir tout ce que tu en as pensé.

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  2. du coup en te lisant, je te le dis de suite : tu n'aimeras "de pierre et d'os" !
    mais sinon, garde-le (enfin tu l'as peut-être déjà revendu) je suis curieuse !

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    1. MDR Ce n'est pas "De pierre et d'os" que j'ai, mais "Née contente à Oraibi". Si je n'aime pas, je te le refilerai!

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  3. Ah mais attention avec De pierre et d'os alors ! Il y a un côté onirique aussi ! mais je te rassure, léger léger. Car j'ai apprécié, alors que ce n'est pas mon truc non plus. Je note ce nouvel ouvrage sur le sujet, en plus j'aime beaucoup les éditions Alto!

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    1. Tu me rassures, avec "De pierre et d'os". J'apprécie ta positivité! Je vais d'abord tenté le coup avec "Née contente à à Oraibi", que j'ai pas loin dans ma pal. Après quoi, je verrai bien!

      Si tu arrives à mettre la main sur "Croc fendu", fonce!

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    2. Je le retiens pour ma virée à la Foire du livre de Bruxelles en mars prochain, au stand québécois ! je fais tjs le plein là-bas!

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    3. Ah oui, j'oubliais que c'est là que tu as accès à tout.

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  4. Oups, moi aussi j'ai un peu de mal avec tout ce qui vole au-dessus du sol, du coup vu les commentaires, j'hésite un peu avec "De pierre et d'os"

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    1. Mais le sujet t'intéresse, au moins?

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    2. Oui bien sûr mais si c'est trop onirique, je risque d'avoir du mal. On verra bien.

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    3. C'est toujours pareil pour moi aussi...

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  5. Je ne suis pas une grande fan de surnaturel non plus, mais là, je me suis laissée prendre et emmener. Sans doute que ma lecture a aussi été influencée par les deux concerts que j'avais vus (et même trois depuis).

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    1. Trois concerts? C'est trop génial. J'aimerais avoir la chance, mais surtout l'occasion d'assister à un de ses spectacles. Je reste constamment à l'affût.

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    2. et sinon, un peu d'autopromotion, mais par l'intermédiaire de mon travail (et donc avec mon vrai nom): https://www.pointculture.be/magazine/articles/focus/tanya-tagaq-chanteuse-inuit/

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    3. MERCI pour cet article!

      J'ai l'impression d'être tombé dans un entre-monde, complètement hypnotisée. C'est envoûtant...

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  6. Moi j'ai pas trop aimé De pierre et d'os pour son manque de romanesque mais là un roman écrit par une inuite, bah forcément, je trouve ça plus attirant !

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    1. Je peux comprendre le côté «plus attirant». En tout cas, du romanesque, ce n'est pas ce qui manque dans ce roman.

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  7. Ca m'intéresse ce côté vu de l'intérieur. J'aime quand tu me fais découvrir des livres qui sortent des sentiers battus.

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    1. Et maintenant, va lire ceci et, surtout, te laisser dépayser...

      https://www.pointculture.be/magazine/articles/focus/tanya-tagaq-chanteuse-inuit/

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    2. En effet... très dépaysant, merci pour la découverte mais pas sûre que j'écouterai ça tous les jours.

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    3. Non non, on écouterait pas ça tous les jours! Je le vois plus comme une expérience à vivre! C'est à la fois malaisant et fascinant, je trouve. Entre transe et fou rire.

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  8. Je suis en train de le lire! J'adore ces passages justement, mais je suis en plein dedans en ce moment (je viens de finir Croire aux fauves qui parle d'animisme - sur cette anthropologue française qui a "rencontré" un ours.) Je trouve son écriture plus belle, plus intime et déliée pendant ces passages spirituels. à suivre... :)

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    1. Ces passage m'ont trop dépaysée! Mais je comprends qu'ils puissent t'enchanter.
      "Croire aux fauves" est dans ma liste d'envies. J'ignorais que l'auteure était anthropologue.
      À suivre, oui.

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  9. Je suis comme toi avec l'onirisme et compagnie alors je vais passer mon tour sur ce coup-là.

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