Soyez gentils · George Saunders

mercredi, février 12, 2020


L’autre jour, je me suis retrouvée drette en face d’une caissière, dans un supermarché bondé. Elle avait des ongles horribles. De faux ongles. Longs. Étincelants. Ça se voyait qu’elle en était fière. Je lui ai dit qu’ils étaient beaux. Le sourire qui a illuminé son visage valait mille piastres. J’ai menti, c’est vrai. Mais ce compliment ne m’a rien coûté. Et il a sans doute égayé un brin de sa journée. Pis si elle a vu l’état de mes ongles, elle a dû se dire que je devrais courir me faire faire une manucure! Passons...

Il y a Thomas, mon voisin d’en face. L’hiver, en plus de déblayer sa neige, Thomas déneige mon balcon et mon auto – je me fais des muscles en déneigeant ma terrasse. Je ne lui ai jamais rien demandé. Il le fait comme ça, juste comme ça. Peut-être, aussi, que la petite madame monoparentale a l’air ben essoufflée. Même si ce jeune retraité pétant de santé avec ses soixante-dix ans est un peu hyperactif, rien ne l’oblige à pousser sa grosse pelle vingt minutes de plus pour moi...

Là, tu vas sans doute te demander où cé que j’m’en vais avec mes patins! Tu vas te dire: «Qu’est-ce qu’elle nous fait, encore? Une chire de romans français, pis là, la v’la qui tombe dans le développement personnel?» À quoi je répondrai: «Wo les moteurs! Soyez gentils est signé George Saunders. Tsé, Lincoln au Bardo (que je n’ai pas lu, en passant)? Pis son petit livre, là, il est génial!»

Il s’agit du discours de remise des diplômes qu’il a prononcé le 11 mai 2013, à l’université de Syracuse. Cette  courte  allocution sur la gentillesse et la bonté est portée par une verve et un humour irrésistible.

Voici ce que je peux vous dire avec certitude, même si c’est un peu tarte et que je ne sais pas trop quoi en penser: Ce que je regrette le plus, ce sont tous les moments au cours de ma vie où j’ai manqué de bonté. Toutes ces fois où je me suis retrouvé face à un être humain qui souffrait et que j’ai réagi de manière… réfléchie. Réservée. Modérée.

La question à un million de dollars: quel est notre problème – pourquoi ne sommes-nous pas plus gentils?

Les pistes de réflexion qu’il amène sont du gros bon sens, mais du gros bon sens que nous avons souvent tendance à pousser en dessous du tapis. Soyez gentils ou l’art de remettre les pendules à l’heure… C’est le genre de livre qu’il fait bon lire et relire et que j’aimerais avoir en douze exemplaires pour l’offrir aux airs bêtes que je croise.

Soyez gentils: petit éloge de la bonté à l’usage des générations, George Saunders, trad. Pierre Demarty, Fayard, 64 pages, 2019.
★★★

Dans le même ordre d’idée, j’ai eu envie de relire une petite plaquette toute jaunie de David Foster Wallace: C’est de l’eau (Au diable vauvert). J’apprends que ce texte est en fait l’allocution qu’il a prononcé devant les finissants de Kenyon College en 2005. Je sais aussi qu’il était ami avec George Saunders. Ben dans ce texte, il y a un passage qui se passe à l’épicerie. Ce passage a changé ma vie. Rien de moins. Il y est encore question de gentillesse, de bonté et de bienveillance. 

Tout ça pour dire que la gentillesse devrait être remise à l’ordre du jour, devant l’individualisme, l’égocentrisme, l’égoïsme et bien d’autres -isme. 



Vous pourriez aussi aimer

16 commentaires

  1. En voilà un livre intriguant! Merci de bousculer un peu notre quotidien.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il m'a bousculé aussi! Une bonne, très bonne bousculade.

      Supprimer
  2. ah Saunders ! J'ai adoré Lincoln in the Bardo - je vais continuer de le lire tellement il est bon et drôle ! après la tempête, le soleil ! ce matin, 100 L d'eau tombés sur moi en venant au travail et maintenant grand soleil.. mais toujours du vent ! On aura eu 3 tempêtes en une semaine .. tu oublies du coup les compliments sur les coupes de cheveux LOL

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je viens de commander son recueil de nouvelles, "Dix décembre". Pour "Lincoln", je vais attendre un peu. J'hésite trop!

      Trois tempêtes en une semaine? Cette température girouette me laisse songeuse. Ici, l'hiver doux m'inquiète, même si je ne saurais m'en plaindre.

      Les coupes de cheveux! LOL x2

      Supprimer
  3. C'est (souvent) du boulot, la gentillesse ! surtout quand tu vois comme le monde tourne et les gens au milieu, prêts à sortir les dents.
    des fois, ça me vient facile, pas toujours (les dents qui poussent !)
    bises (très très bienveillantes - et encore plus parce que tu as éveillé ma curiosité !)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. D'accord, il est souvent plus facile de montrer les dents que de sourire. Sourire, plutôt que rager, implique de faire abstraction de tellement de choses (la bêtise, l'opportunisme, les préjugés, et j'en passe) Reste que je suis persuadée que la gentillesse, au final, ouvre beaucoup plus de portes qu'elle n'en ferme.

      Bise souriante!

      Supprimer
  4. C'est marrant que tu te sois lancée dans une telle lecture ;)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je peu être étonnante à mes heures. Tant que je n'arrive pas avec une petite romance bien rose, tout va bien!

      Supprimer
  5. Je lis ton billet dans le bus pour aller affronter la dernière longue journée de travail. Il est 6h45 et tu m'as déjà fait bien rire! Merci pour ça et bonne nuit à toi (avec toute ma bienveillance)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci pour ta bienveillance. Je suis ravie d'avoir égayé un brin ton trajet!

      Supprimer
  6. Vive la gentillesse et la bonté, on en a tous besoin.. :-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bien dit! Il n'y a jamais de satiété avec la gentillesse et la bonté!

      Supprimer
  7. Très amusante ton entrée en matière, je me demandais bien où tu voulais nous emmener. Et du coup, bah, je me dis "pourquoi pas ce petit bouquin ?" Tu es vraiment étonnante dans tes choix de lecture. J'aime cet éclectisme.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il m'arrive d'être surprenante, en effet. Même que je me surprends moi-même!

      Il fait un grand bien, ce petit livre.

      Supprimer
  8. Heureusement que tu y fais allusion car je n'aurais pas fait le rapprochement entre le Saunders de ce livre-là et celui du Bardo, tant les univers semblent lointains... et le style si différent, semble-t-il.

    RépondreSupprimer

· J'aime m'y promener ·

· visites ·