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Celui qui veille · Louise Erdrich

Après 238 recensions sur le nouveau roman de Louise Erdrich, j’arrive avec mon grain de sel. Ma troisième dose de vaccin m’a mis KO pendant deux jours. Lire, c’est tout ce que j’arrivais à faire. Le dernier roman de Louise Erdrich m’a suivi du sofa au lit. En tournant la dernière page, j’étais miraculeusement remise sur pied. Il s’agit du roman le plus personnel de l’auteure. Le personnage de Thomas est inspiré par Patrick Gourneau, son grand-père maternel.

L’intrigue se déroule principalement dans la réserve ojibwa de Turtle Mountain, dans le Dakota du Nord, au début des années 1950. Le poumon économique du coin, une usine de pierres d’horlogerie, emploie plusieurs femmes de la réserve, appréciées pour leur dextérité. C’est dans cette usine que travaille le gardien de nuit Thomas Wazhushk. En plus de ce travail, il est aussi le président du conseil tribal Chippewa. Il en porte lourd sur les épaules.

Le sénateur Watkins fait adopter une résolution, dite d’« émancipation », visant à « libérer les Indiens de la tutelle fédérale ». Cette résolution, passée inaperçue et quasiment sous le manteau, vient aux oreilles de Thomas, qui sent l’anguille sous la roche. L’adoption de cette loi impliquerait de jeter aux poubelles les traités signés, de mettre fin aux aides fédérales, d’effacer les tribus de la carte en appelant chaque Indien à devenir citoyen américain. Cette politique d’assimilation en est plutôt une d’effacement.

Il avait passé des jours à s’efforcer de les comprendre [les papiers], d’en digérer le sens. À préciser leur objectif incroyable. Incroyable, parce que l’impensable était rédigé dans un langage sobre et parfaitement inoffensif. Incroyable aussi parce que cet objectif, au final, était de défaire, de revenir sur la reconnaissance officielle. D’effacer en tant qu’Indiens lui-même, Biboon, Rose, ses enfants, son peuple: nous rendre tous invisibles, comme si nous n’avions jamais été ici, de tout temps, ici.

Avant que cette loi ne soit appliquée, Thomas s’organise. Avec quelques amis et parents, ils se préparent dans le but de filer au Capitole, à Washington, pour défendre leurs droits devant tous les sénateurs.

En parallèle, Patrice Paranteau, dite « Paxie », nièce de Thomas, fait son petit bonhomme de chemin. À dix-neuf ans, Paxie travaille à l’usine, s’use la vue et les doigts sur les pièces d’horlogerie. Sa sœur Vera ayant disparu à Minneapolis, elle décide de partir à sa recherche. Après quelques mésaventures, elle rentre au bercail sans sa sœur, mais avec son enfant dans les bras.

Le roman bouillonne de vies. Autour de Thomas et de Pixie grouillent de costauds personnages. Parmi ceux qui me resteront à l’esprit: Biboon, le vieux père de Thomas; le jeune boxeur Wood Mountain; Zhaanat, la mère de Paxie. Jusqu’aux fantômes qui s’invitent chez les vivants. Ah, Roderick… Ce que j’aime particulièrement, avec Louise Erdrich, c’est qu’elle arrive à dépeindre des personnages fortement incarnés. Ses femmes sont pourvues d’une force de caractère édifiante, ses hommes souvent foncièrement bons. L’écriture de Louise Erdrich est une fois encore d’une grande sobriété, sans faux pas. Elle donne à voir, ici, la survie d’un peuple, les traditions et les liens familiaux inébranlables. La vie dans la réserve et le travail à l’usine sont vibrants de vérité. J’ai quelques petits bémols, mais rien pour remplir mes poches. N’en parlons même pas!

Dans mon « palmarès Louise Erdrich », Love Medicine et La décapotable rouge restent au sommet, suivis par L’enfant de la prochaine aurore et Celui qui veille. Viennent ensuite LaRose et Le pique-nique des orphelins. À moi, tout bientôt, La chorale des maîtres bouchers, pour le challenge Erdrich dont m’a parlé Mélanie de Une vie devant soi.

Celui qui veille, Louise Erdrich, trad. Sarah Durcel, « Terres d’Amérique », Albin Michel, 2022, 560 p.

Rating: 4 out of 5.

© unsplash | Greg Bulla

22 comments

    1. Oh oui, je pense que tu devrais la découvrir… C’est une excellente conteuse, ses personnages sont attachants, plus grands que nature. Mine de rien, nous en apprenons beaucoup sur la situation des Ojibwés du Dakota du Nord, sans jamais que cela tombe dans le misérabilisme.

  1. Tant mieux si ce roman t’a remise sur pied ! 😉 Mes préférés de Louise Erdrich sont Dans le silence du vent, LaRose et dans un genre plus classique, La chorale des maîtres bouchers. Et ensuite La malédiction des colombes et Ce qui a dévoré nos coeurs.

    1. Je suis d’autant plus impatiente de lire La chorale des maîtres bouchers, curieuse de voir en quoi il est dans « un genre plus classique ».
      Parmi ton « palmarès », je vois qu’il m’en reste quelques-uns à découvrir. Je mettrai dans le haut de ma PAL, après La chorale des maîtres bouchers, Dans le silence du vent

  2. Bon, bah, je n’ai pas eu d’alerte sur cette publication !!! Grrr….
    Love Medicine est un titre qui m’a beaucoup marquée, et celui-ci est aussi très fort ! Tu vois bien que tu as réussi à en parler…
    Et dis donc, je viens juste de commencer Les vilaines, j’ai lu les 5 premières pages, et je suis déjà sous le choc !

    1. Désolée pour l’absence d’alerte. J’ignore encore où est le bug. Si ça ne s’arrange pas, je t’écrirai à l’avenir pour te dire que je viens d’appuyer sur « publier »

      Ah, enfin quelqu’un qui a lu Love Medicine! Remarquable roman, et un premier, en plus!

      Les vilaines… Il commence à me coûter cher, ce roman. Ça fait deux fois que je l’offre à des amis et que je me le rachète!
      Alors, le choc se poursuit? J’espère… Tu dois impérativement te rendre à la fin. Elle est… mémorable.

  3. C’est encore moi, le message pour confirmer que je ne recevais pas était allé se fourrer dans les spams… Donc, normalement, à la prochaine publication je devrais être avertie !

  4. je n’ai pas eu ton billet m’avertissant ? un souci avec ton blog ?? LOL Bon sinon, contente que tu aies pu enfin le lire ! Je l’ai lu il y a plus d’un mois et demi maintenant, donc ravie de voir que tu as aimé comme moi. Erdrich c’est du bon, et depuis elle en a encore sorti un autre, on ne l’arrête plus ! Je n’ai pas vu le challenge dont tu parles sur le blog de qui tu sais. Mais où étais-je donc passée ? ah oui, un truc un peu fou m’est arrivé mercredi. Ceci explique sans doute cela.

    1. Tu me diras si, un jour, tu finis à recevoir une alerte pour mes billets?!

      La chance que tu as de lire en anglais… Ça doit faire 1238 fois que je te le dis. Lire mes auteurs chouchous dans leur langue d’origine (et bien avant moi) me fait gonfler de jalousie

  5. Déjà dans les starting-blocks!! Tu en as lu tant… je saurai chez qui m’appuyer en novembre.
    J’espère lire celui-ci avant, un roman qui bouillonne de vie selon tes mots, et me fait plus envie que son précédent.
    Mais mon prochain sera Dans le silence du vent…enfin!

    1. Il m’en reste quelques-uns à lire J’en prévois deux pour le challenge au moins un pour le challenge. Je n’ai pas hâte en novembre pour le froid et le retour de la neige, mais très hâte d’y retrouver Erdrich.
      Celui qui veille te plaira assurément plus que L’enfant de la prochaine aurore. Je sais que toi et les dystopies, ça fait deux. Quoiqu’après ta lecture de La servante écarlate, ça fait peut-être un et demi?

  6. Deux postes et pas d’alertes… Heureusement j’ai vu un post sur IG…. Une autrice dont j’avais apprécié LaRose et Dans le silence du vent … Le premier m’ayant plus marquée que le deuxième … Il faudrait que je continue à la lire mais il y en a tellement que je veux lire qu’il va falloir que je prévienne là haut (ou en bas) qu’il vaut mieux que la bibliothèque soit bien garnie….
    PS autre réclamation … Mon nom ne s’enregistre pas pour déposer un commentaire et je suis obligée à chaque fois de m’identifier… Bon je passe à ta chronique suivante

    1. Tu me fais rire avec tes réclamations Je me dis, s’il me restait dix petites années à vivre, quels livres voudrais-je absolument lire (ou relire). Quels auteurs voudrais-je impérativement découvrir? Du coup, ça m’aide à élaguer et à faire des choix. Merci pour la réflexion
      Quant au problème d’identification, je vais tenter, de ce pas, de résoudre le problème.
      Pour les alertes, je vais devoir, je le sens, investiguer davantage. Quelques heures ce week-end pour trouver.

  7. Merci de répondre au guichet des réclamations mais imagine quand tout cela va être bien huilé… Bon pour l’heure je passe pour voir si tu as répondu et noter sur ton registre de mains courantes les petits désagréments mais je le fais en tant que lectrice assidue du blog et je sais que ce que je vis n’est pas forcément ce que l’administratrice du blog voit…. Bon j’ai vu sur WordPress ton billet concernant Orgueil et Préjugés et je vais prendre un peu de temps pour le commenter…. Je suis fan de cette autrice, de la femme comme je suis fan de littérature anglaise alors….

    1. Je crains que la machine s’enraye une fois que tout sera bien huilée. Avec tous mes déboires, je n’ai pas pleinement confiance.
      J’espère que mon billet sur Austen ne créera pas de dissensions entre nous

  8. Je n’ai pas encore lu Louise Erdrich. LaRose est dans ma PAL, il me semble (parfois je ne sas plus si je suis passée à l’acte d’un achat ou si je l’ai seulement fortement souhaité, haha). Je note aussi Love Medicine, Dans le silence du vent et celui-ci, alors 🙂 Merci.

    1. Trop de livres notés Une première incursion dans son oeuvre te donnera une bonne idée du ton et de l’ambiance. Tu apprécieras, ou non. Si oui, là tu pourras noter

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