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Cotton Point · Pete Dexter

Pour mon challenge 50 États en 50 romans, arrêt dans une petite ville de Georgie, dans les années 1950. J’y ai rencontré l’un des personnages les plus abjects et ignobles qu’il m’ait été donné de rencontrer dans un roman. Toute une rencontre…

En 1954, dans un trou perdu en Georgie, Paris Trout fait la loi. Comme il est le seul à prêter de l’argent aux Noirs, plusieurs viennent le voir dans son arrière-boutique. Henry Ray Sayers est de ceux-là. Il vient emprunter un petite somme à Trout pour s’acheter une voiture. Ça sent l’arnaque à plein nez. Après un léger accrochage avec sa nouvelle bagnole, Sayers se rend compte du piteux état de la voiture. Il veut la remettre à son propriétaire et refuse de payer les traites. Mal lui en prend. En affaire, Paris Trout est impitoyable…

Bien décidé à récupérer son dû, Paris Trout se rend à la ferme des Sayers en compagnie de Buster Devonne, un ancien flic démis de ses fonctions. Dans un accès de rage, il pète les plombs et fait un carnage. Il tue une jeune adolescente noire et blesse la mère. Paris Trout est persuadé qu’un Blanc ne sera jamais jugé pour avoir tué un Noir – pas à Cotton Point, en tout cas… Il est surpris qu’on veuille lui faire un procès pour si peu! Son avocat n’est pas au bout de ses peines.

Sûrement, Paris Trout refuserait dadmettre que c’était mal d’avoir tiré sur une femme et une enfant. Il y avait longtemps, il avait passé un contrat avec lui-même qui ignorait la loi, et étant la seule partie intéressée, il s’y tenait. Il avait des principes, littéralement. Sa notion du bien et du mal était absolument personnelle.

Convaincu d’être dans son droit, Trout est abasourdi par les réactions de sa femme Hanna, de son avocat et du procureur qui demande à l’entendre. Hanna est la seule à oser braver Trout, et ce, à ses risques et périls. Horrifiée par le geste commis par son mari, elle décide de le quitter. Comprenant que Trout est un vrai psychopathe, elle s’enfuit avec l’aide de Seagraves, l’avocat de Trout, et s’installe à l’hôtel. La passion latente qui couve entre l’avocat et Hanna achève de mettre le feu aux poudres dans ce climat déjà on ne peut plus tendu…

Le roman de Pete Dexter est divisé en quatre chapitres, chacun présentant le point de vue d’un personnage. D’abord celui de Rosie, la jeune victime de Trout. Celui sa femme Hanna. Celui de l’avocat de Trout, Harry Seagraves, partagé entre son devoir et son mépris pour l’homme qu’il doit défendre. Enfin, celui de Carl Bonner, le jeune avocat chargé du divorce d’Hanna, soucieux de faire sa place à Cotton Point.

Cotton Point est un livre dur, rocailleux, rempli de tension. Il n’y aucune pitié ni empathie dans cette histoire forte sur fond de ségrégation raciale. Le style de Pete Dexter est sec, sans fioritures, près du reportage journalistique. (Dexter était d’ailleurs journaliste d’investigation avant de devenir écrivain. ) Lire Pete Dexter, c’est prenant, sans compromis. Du roman noir, très noir, comme j’aime.

De Pete Dexter, j’ai aussi lu le sensationnel Spooner et Un amour fraternel. Chaque fois, je m’en suis prise plein la gueule. Des romans dont on ne sort pas indemne. Je compte bien lire un de ces jours son fameux Deadwood. Cotton Point a fait l’objet d’une adaptation cinématographique en 1991, sous le titre Rage, avec Dennis Hopper dans le rôle de Paris Trout. Je n’ai pas encore vu le film, mais je sens que ça ne tardera pas.

Cotton Point, Pete Dexter, trad. Anny Amberni, Points Seuil, 2011, 416 p.

Rating: 4 out of 5.
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