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Mésaventures à Honolulu · Jack Handey

Mésaventures à Honolulu… Quand j’ai vu Honolulu dans le titre, je n’ai pas hésité. Ni une ni deux, j’ai embarqué le roman. L’objet est joli, affriolant et coloré. J’ai ouvert le roman de Jack Handey bien disposée. Je m’attendais à un texte truculent. Je m’attendais à ce que ce livre alimente mon larynx d’un rire compulsif. Eh ben, pas du tout.

Jack et son comparse Don mettent la main sur une mystérieuse carte sur laquelle figure la cachette d’un singe d’or enfoui dans la jungle hawaïenne. Les deux compères débarquent à Honolulu. Et c’est parti pour tous les clichés de ce type de roman des mers du Sud: la jungle, les indigènes, l’alcool, les femmes, les pirates et les chemises à fleurs. Jack et Don doivent faire face aux innombrables dangers de la jungle: le diabolique docteur Ponzari, les féroces hommes-tortues, des membres de la tribu des Patangis, des fléchettes empoisonnées, des peaux de banane et des pirates.

Honolulu, le paradis des mers du Sud? Pas sous la plume de Jack Hardey. L’endroit se révèle hostile, répugnant et nauséabond. On est à mille lieux des idées préconçues d’un paradis exotique. Refusant de recourir aux ressorts habituels du roman d’aventures, Jack Handey opte plutôt pour une avalanche de scènes absurdes, une succession de courts chapitres, une cascade de gags: les actes manqués, les mauvaises décisions et les hasards les plus improbables sont les moteurs de l’action. Au final, l’intrigue se révèle aussi mince qu’une feuille de papier trouée. J’adore l’humour absurde, le non-sens. C’est un art subtil, qu’il faut savoir bien doser. Et dans le cadre d’un roman, c’est d’autant plus ardu et délicat. Mésaventures à Honolulu m’est apparu comme un roman sans queue ni tête parsemé d’invraisemblances. Jack Handey est un humoriste américain, un ancien de Saturday Night Live. Mésaventures à Honolulu est son premier roman. Le premier et le dernier que je lirai!

Un petit extrait pour conclure, avec un des passages les plus drôles!

J’avais des rêves autrefois. Je rêvais de construire le pont suspendu le plus long du monde. Et puis j’avais découvert qu’il existait déjà. Je rêvais de devenir astronaute mais on m’avait dit que je devais me former. C’est ça, allons tous nous former ! Quel monde génial ce sera ! Je rêvais de mettre fin à toutes les guerres – sauf celles entre femmes, pour que le spectacle continue. Je rêvais de devenir inventeur. Mais les pouvoirs en place avaient décrété que le monde n’avait pas besoin du canoë en carton qu’on peut abandonner dans l’eau lorsqu’on est trop paresseux pour le tirer sur la terre ferme après avoir canoté une heure ou deux. Je m’étais aussi rêvé un destin de naturaliste avant de découvrir que ce n’était pas ce que j’avais cru. Les naturalistes portent des vêtements. Je rêvais de fonder une grande famille. Chaque nuit les enfants se seraient réunis dans le salon et auraient joué de leurs instruments de musique. Et je leur aurais dis lequel était le meilleur et lequel était le pire. J’avais même rêvé de fabriquer un robot géant qui aurait conquis le monde. Et pour ne pas contrarier les gens, je l’aurais fait marcher à l’énergie solaire. Un à un, mes rêves s’étaient fracassés sur le mur de la réalité comme des noix de coco impuissantes.

Mésaventures à Honolulu, Jack Handey, trad. Thierry Beauchamp, Seuil, 2015, 224 p.

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