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Orgueil et préjugés · Jane Austen

J’étais pleine de bonnes intentions… Après mes coups de cœur pour Les grandes espérances et Jane Eyre, j’ai eu envie de m’aventurer de nouveau sur les sentiers de la littérature victorienne. Cette fois, avec LE classique des classiques: Orgueil et préjugés. Après une quarantaine de pages, je bataillais pour maintenir mon intérêt. J’ai dû me visser un foulard sous la mâchoire pour m’empêcher de bâiller. J’ai décidé de laisser tomber.

Un rappel à l’ordre d’Electra m’a remise en selle. En me vantant les qualités exceptionnelles de ce roman, elle a su me donner le coup de fouet dont j’avais besoin. Je suis repartie sur un bel élan, jusqu’à ce que je me décroche la mâchoire – j’avais oublié de remettre le foulard en place. J’ai fait fi de ma bouche ouverte asséchée jusqu’à la fin de la première partie. C’en était trop. La vie est trop courte et mes yeux trop précieux pour m’infliger pareil supplice.

Le roman de Jane Austen n’est pas en cause. Je n’énumérerai pas les innombrables qualités du roman. Cela me prendrait trop de temps de les chercher! L’ironie et le sens affûté de la satire ne m’ont pas suffi. Le problème vient de mon désintérêt pour le milieu dans lequel baigne le roman. La vie quotidienne des aristocrates et des bourgeois me laisse indifférente. Les étiquettes, les convenances à respecter, les conventions sociales qui corsettent, les relations à nouer par intérêt? Castrant. En somme, j’ai horreur du vernis social, peu importe sa couleur. Ce que j’aime, ce sont les pas de côté, les fils qui dépassent. Rien qui ne me retienne ici. Si un fil dépassait, tout était mis en oeuvre pour le camoufler. Sans parler des personnages qui passent leur vie à bavasser et discourir. Si au moins leurs propos étaient intéressants… Dans la vraie vie, leur caquetage aurait eu sur moi l’effet d’un somnifère bon marché.

Je comprends l’urgence de se montrer, d’aller au bal et de se marier au plus vite. Mr Bennett va mourir un jour et il n’est pas question que ses cinq filles restent sur la paille (quoiqu’à mes yeux, ça aurait pu devenir intéressant). Il paraît que dans les parties suivantes, ça prend une autre tournure. Que la superficialité de la première partie est montrée du doigt. Que les idées préconçues et les premières impressions en prenaient pour leur grade. Je n’ai pas eu la persévérance ni le courage de me rendre jusque-là.

Cette lecture commune avec Sunalee est un échec cuisant.

Orgueil et Préjugés, Jane Austen, trad. Sophie Chiari, Livre de poche, 2011 [1813], 548 p.

Rating: 2 out of 5.

© George Goodwin Kilburne

25 comments

  1. Oups, je l’avais noté pour demain, mais c’est maintenant publié ! Nous sommes du même avis, et c’est étrange quand on sait que tout le monde adore ce livre ! Je ne comprends pas trop. J’ai vraiment failli abandonner, sans lecture commune, ça aurait été le cas.

    1. Nous sommes sur la même longueur d’ondes sur ce roman. Malgré notre lecture commune, je ne suis pas arrivée à me pousser dans le dos pour me rendre à la fin. J’ai bien essayé, j’ai persévéré, mais la lecture de chaque page était un effort. Ça ne valait pas le coup.
      Je ne comprends pas l’engouement, mais j’aimerais vraiment le comprendre. Il faudra qu’un inconditionnelle m’explique. Electra l’a fait, m’a bien fait comprendre l’intérêt, mais je n’arrive pas à y trouver ce qu’elle, elle y a trouvé.

  2. Ah ah ah ! Quelle merveilleuse surprise de découvrir cette alerte ce matin dans ma boîte mail ! Et que c’est délicieux de lire ton ennui à la lecture de ce livre… J’ai gagné ! J’étais sûre que tu n’étais pas allée au bout. J’ai lu un Jane Austen quand j’étais jeune, pas celui-ci mais cela revient au même. J’avais adhéré, à l’époque je ne lisais que des classiques anglais, russes, français du dix- neuvième…. Je sais qu’aujourd’hui je n’y arriverais pas. Mes goûts littéraires ont tellement changé !

    1. Je suis joie Ça fonctionne! Je n’y croyais plus trop!
      Ennui est un faible mot. C’était pénible à un point que les mots me manquent. Il a du me pousser une touffe de cheveux blancs tellement le temps m’a paru long.
      Moi aussi, quand j’étais jeune, j’ai eu une période où je ne lisais que des classiques. Reste qu’à mon avis, ils ne doivent pas tous être mis dans le même panier, même avec la littérature victorienne, il y a plusieurs nuances. Je vois un monde entre un Dickens, des Brontë et une Austen. Je pense que les classiques qui m’ont plu me plairaient encore aujourd’hui. Je compte, pour entériner mon propos, relire cette année Les hauts de hurlevent et Madame Bovary. Mes goûts aussi ont énormément changé, moi aussi. Ce n’est que maintenant que l’envie me prend d’entrecouper mes lectures contemporaines avec des classiques. En somme, je pense qu’Austen m’aurait ennuyé dans ma jeunesse.

  3. Je le savais, je m’en doutais ! C’est vraiment étrange mais compréhensibles, comme Krol – moi j’ai évolué dans le sens inverse. Je me pose toutefois la question de la traduction. J’adore Austen et surtout elle écrit tellement bien et elle sait remettre en place toute cette société bienpensante – la sienne. A l’époque, c’était une femme qui écrivait (chose rare) et elle ne voyageait pas – du coup, ces femmes écrivaient sur leur monde uniquement (comme George Eliot ou Elisabeth Gaskell) Et Jane Austen a eu l’intelligence de dénonce beaucoup d’hypocrisie . Moi j’adore, c’est amusant car je viens de rédiger un billet où je parle de ton ennui mortel dans ce monde du 19è S. et moi je dis que je m’ennuie à l’inverse profondément dans les romans que tu lis et aimes parfois, qui sont eux, dans le monde contemporain !! Je m’y emmerde … comme dans les romans français actuels LOL ! Du coup, je comprends que tu n’adhères pas !

    1. et j’ai oublié de dire : du coup, arrête toutes tes autres tentatives de lecture (Middlemarch, Nord et Sud, etc.) retourne au 20ème et 21ème Siècle ! Sinon, tu vas aussi t’y ennuyer ! moi j’y reste 😉

    2. J’interviens juste ici pour parler de la traduction: j’avais fait des recherches avant de commencer et celle de Sophie Chiari (lue aussi par Marie-Claude) semblait tout à fait recommandable. Et en effet, quand je reprenais le bouquin en anglais, ça me semblait très fidèle.

    3. Je ne pense pas qu’il s’agisse, dans le cas présent, d’un problème de traduction. L’écriture n’est pas en cause. Cela n’affecte pas mon immense respect pour l’auteure et son oeuvre. Seulement, son roman m’a prodigieusement ennuyée. Rendu là, c’est une question de sensibilité et de goûts.
      Je ne ressens aucun ennui pour la littérature du 19e. J’adore Dostoïevski, Tchekov, Dickens, Brontë, Flaubert, Maupassant. Je compte approfondir Zola, car je garde un excellent souvenir de ceux lus. Je compte aussi défricher davantage ce terreau. Le problème (l’ennui) vient des sujets abordés et du milieu dans lequel l’intrigue se déroule.

  4. J’adore ton billet mais quel dommage pour cet abandon ! De mon côté, j’ai découvert ce roman tardivement aussi (l’année dernière) et j’ai opté pour une écoute audio qui a été une franche réussite. J’en suis ressortie conquise.

    1. Quel dommage, en effet. Je suis la première déçue. Je me voyais d’avance dévorer toute l’oeuvre d’Austen.
      Cette écoute audio était une bonne idée. Conquise? Je t’envie

  5. Intéressant ce billet. Je ne peux en juger, jamais lu Austen mais je l’ai en stock et je compte bien tenter le coup un jour. Toi en tous les cas, tu sais écrire des billets passionnants même si le roman a été un échec!

    1. J’espère que ton expérience sera plus concluante que la mienne. Un échec retentissant, cette lecture. Pas question que je remette ça
      Cela a eu l’avantage de m’amener à comprendre pourquoi j’ai été aussi désintéressée. Ce n’est pas un problème d’époque ou le style. C’est déjà ça!

  6. « Ce que j’aime, ce sont les pas de côté, les fils qui dépassent. » J’adore ta formulation !! Pour le coup, sans doute que le pas de côté, c’est Austen elle-même qui le fait en posant son regard critique (et de femme !) sur la société de son temps.
    Pour autant, je comprends fort bien ton désintérêt pour ces histoires puisque j’ai tendance à le partager. D’ailleurs, je m’étais laissé amadouer par la « team Austen » de la blogo d’antan et j’avais fini par acheter (d’occase quand même, faut pas pousser) « Orgueil et préjugés » justement… qui a pris la poussière des années durant sur mes étagères avant que je me décide à m’en séparer puisqu’il devenait évident que je n’y viendrai finalement pas.

    1. Oh! Tu t’étais laissé amadouer, jusqu’à mettre la main sur Orgueil et préjugés, et tu ne t’es même pas immiscé entre les pages? Tu aurais pu savoir de quoi il en retournait (10-15 pages auraient suffi) avant de t’en séparer!
      Tu n’as pas tort de souligner que c’est Austen elle-même qui pose le pas de côté, par l’acte même d’écrire.
      Mais ce romans… Cette lecture, j’te jure, ce n’est pas une sinécure…

  7. Tu parles d’un binz…. J’ai été lire la chronique sur l’ancienne version et viens commenter ici ….. Bon pour moi c’est Le roman de Jane Austen que je préfère et j’ai d’ailleurs deux versions d’adaptations cinématographiques…. C’est pour dire. Je pense qu’il faut aimer l’ambiance et l’époque mais je trouve que son regard est acéré, elle est fine observatrice et pertinente… Certes il faut aller jusqu’au bout car dans la plupart des romans de Jane Austen l’héroïne change d’avis et de regard sur son environnement au fil des pages. Mais je trouve que l’étude psychologique des personnages, la condition des femmes de l’époque mais également de la société passionnant. Mais il ne faut pas se forcer…. On aime ou pas et commençant à connaître ton côté décalé je me doute que c’est peut-être un peu trop sage pour toi…. Je fais ce commentaire depuis mon ordi (alors que d’habitude je suis sur mon téléphone) pour voir si cela mémoire mon passage ou pas…. A suivre 🙂

    1. J’ai un côté décalé, moi?
      Je ne saurais aller contre tes mots. Même que je les approuve.
      Après, comme tu l’écris, il faut aimer l’ambiance et l’époque. J’aime beaucoup l’époque, mais pas l’ambiance. C’est là que le bât blesse. De m’être rendue à la fin pour constater le changement d’avis et de regard de l’héroïne aurait peut-être mis le couvercle sur ma virulence…
      Je comprends mieux, à te lire, ce qu’on peut apprécier chez Austen.
      Il y a les amatrices de café, et les amatrices de thé. Cela forme souvent deux clans. Mais, parfois, elles peuvent se rejoindre en mettant, par exemple, un soupçon de lait dans leur tasse! Désolée pour la métaphore boiteuse, mais en ce vendredi soir tard, elle m’apparaît parlante et à-propos
      Je ne comprends pas… lire sur l’ancienne version et commenter ici? Je suis perdue, là. Tu m’expliques, stp? Tu me diras si le passage du téléphone à l’ordi mémorise ton passage.

  8. Je suis une inconditionnelle, et ai lu ces romans en VO aussi! Mais j’accepte totalement qu’on n’accroche pas à cet univers (après tout, je n’ai pas du tout apprécié Les hauts de Hurlevent! ^_^) Cependant mieux vaut sans doute éviter la période!

    1. Je ne crois pas qu’il s’agisse d’une question de période, mais plutôt de milieu. J’ai adoré Les hauts de Hurlevent (que je compte relire cet été en LC avec Sunalee), Jane Eyre et j’adore Dickens. C’est davantage une question d’affinités (ou non) avec un(e) auteur(e). Il en est de même, d’ailleurs, avec toute les périodes

  9. Si tu veux, on peut tenter une lecture commune des Hauts de Hurlevent, un commentaire de Keisha sur mon blog me dit que ça pourrait me plaire (elle n’accroche pas mais est une inconditionnelle d’Austen). Mon agenda de LC est déjà bien rempli, je dirais donc pas avant juillet.

  10. Bon et bien moi j’apprécie le thé (beaucoup) et le café…. Pour le choix de l’hébergeur tu apparais ici ou là-bas alors je semé des cailloux mais ai du mal à savoir où te suivre… Pour l’instant aucune saisie de mémoriser… Patience patience. Pour Jane Austen et son siècle j’ai lu que tu appréciais d’autres auteurs alors rien n’est perdu…. Par contre peut-être en regardant l’adaptation cinématographique d’Orgueil et préjugés cela t’inviterai à en voir toute la richesse.. il y a plusieurs adaptations dont une avec Colin Firth et une autre avec Keira Knightley (que j’aime beaucoup). Je vois tu vas lire Les autos de Hurlevent…. Cultissime ♥️.. j’arrête là car je suis sur mon téléphone et il me reste tous mes identifiants à entrer

    1. Je vois à quel point tu es polyvalente
      Mon investigation ne porte pas encore fruits concernant les pépins autour du blogue. Patience, encore…

      Je vais lire, relire en fait, Les autos de Hurlevent Quel drôle de lapsus/coquille. Rien n’est perdu côté littérature victorienne, effectivement. Comme je l’écrivais à Keisha, je ne pense pas qu’il s’agisse d’une question de période, mais plutôt de milieu. C’est davantage une question d’affinités (ou non) avec un(e) auteur(e).

  11. Je suis pour ma part une inconditionnelle de Jane Austen, et je pense que celui-ci est mon préféré !

    Je ne vais pas m’étendre sur ce que j’aime chez elle, car nous ne sommes pas du tout en phase, pour cette fois ! J’adore autant le thé que le café, héhé.

    Peut-être aimerais-tu les romans de E. M. Forster, je me pose la question. Même si Howards End et Avec vue sur l’Arno racontent aussi la vie de ces classes qui t’indiffèrent, il y a sans doute plus de piquant et d’humour chez Forster. As-tu vu les films d’Ivory qui en sont adaptés ? Retour à Howards end avec Emma Thompson et Anthony Hopkins et Chambre avec vue avec Helena Bonham-Carter et Daniel Day-Lewis. Des bijoux !

    1. C’est vrai que sur ce coup, nous ne sommes pas en phase
      Je n’aurais pas tendance à retourner visiter ces classes. J’ai vu Retour à Howards end et j’ai eu l’impression d’un pur divertissement. Je crois, au final, que j’en ai contre le pur divertissement
      Je vais plutôt me rabattre sur Dickens et Brontë

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