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Louise Genest · Bertrand Vac

Sur les quinze romans canadiens-français lus l’an dernier, Louise Genest fait partie du petit lot qui a su tirer son épingle du jeu. Il ne se classe dans aucune de mes cases: ni roman du terroir, ni roman d’introspection, ni roman urbain. Louise Genest pourrait se résumer en une simple histoire d’amour tragique. Ce serait extrêmement réducteur.

Tout le jour, la porte secoue la clochette. Celle-ci et les éclats de voix de son mari, Louise Genest ne peut plus les souffrir. Le silence! Comme elle désire le silence! Lasse, avec un peu de nausée, elle court devant le cauchemar de son existence. Les petits talons nerveux frappent les trottoirs de bois, puis, plus sec, les pavés de ciment. On dirait qu’elle fuit le bruit même de ses pas.

Louise s’ennuie. Son mari est abject, le voisinage insignifiant. Depuis six ans, Thomas Clarey, un trappeur métis, tourne autour de Louise et lui fait les yeux doux. À chaque printemps, il vient au magasin des Genest vendre ses plus belles peaux. Cette sixième année, c’est décidé, Louise quitte tout. Elle ira vivre dans la forêt avec Thomas. L’unique raison qui l’empêchait de partir ou d’en finir, c’était son fils Pierre. Maintenant, à seize ans, pensionnaire au collège, il n’a plus autant besoin de la présence de sa mère.

Six ans de patience à ronger son frein avant que Louise ne se décide à prendre son envol. Elle quitte tout, rejette le confort, la sécurité, mais surtout l’ennui et l’absence d’amour. En quittant sa famille, elle se met du même coup au ban de la société. Celle-ci l’efface d’ailleurs vite de la carte. Le mari de Louise ne la cherche pas, ne l’oblige pas à rentrer. Plus retors, il garde leur fils et le retire du collège. Ainsi, il punit la mère, non la femme ni l’amoureuse. La mère éprouve le remord que l’amoureuse n’a pas connu.

La vie dans les bois, dans les bras du beau Thomas, comble Louise. La nature, le rythme des jours et des saisons, la sensualité et la liberté lui donnent l’air dont elle avait besoin pour s’épanouir. Parfois prise de remords, elle pense à son fils. Devenu grand, ce dernier travaille dans le bois avec d’autres bûcherons. Louise finit par l’apprendre. Elle s’inquiète et rêve de le revoir. Un jour, Pierre s’égare dans les bois. Malgré les recherches, il demeure introuvable. Louise part à sa recherche.

Louise est une Emma Bovary qui s’émancipe, qui cesse de pleurnicher sur son sort pour prendre la vie à bras-le-corps. Avec ce premier roman, Bertrand Vac défend la liberté de penser et d’aimer. Ce n’était pas rien à l’époque. D’où l’indignation suscité par le roman. Chose certaine, ce roman sortait des sentiers battus à plusieurs niveaux. La forêt comme lieu de vie était inédit jusqu’alors dans le roman canadien-français. La fin tragique m’a étonnée. Je m’attendais à un happy end: les retrouvailles de la mère et du fils, se pleurant dans les bras. Alors là, on en est bien loin. L’écriture de Bertrand Vac est parfois lourde (des épithètes en cascades et une syntaxe parfois boiteuse). Mais l’histoire est tellement originale et bien ficelée que j’ai sciemment extrait ces petites échardes de ma pensée.

Louise Genest, Bertrand Vac, Le cercle du livre de France, 1950, 230 p.

Rating: 4 out of 5.

2 comments

  1. oh avec toi j’ai découvert un autre roman phare (mais écrit par un français), bon Emma et moi on n’a pas fait bon ménage tu le sais, du coup je pense plus à D.H Lawrence avec cette bourgeoise et le garde-champêtre .. Bref, je m’égare mais apparemment tu as bien eu raison de le lire ! Je te piquerai ton exemplaire quand j’irai faire un tour à Québec.

    1. L’amant de lady Chatterley! Je l’ai lu alors que j’étais beaucoup trop jeune pour le lire. J’en garde un excellent souvenir. C’était dans le temps où j’appréciais les histoires d’amour passionnées! Lu la même année Brontë et ses Hauts de Hurlevent. Tu vois le genre?

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