Il arrive que l’histoire racontée dans un roman devienne secondaire à mes yeux. Je tombe en amour avec un personnage. Pour ce qu’il est, pour sa façon de naviguer dans la vie, pour la manière dont il interagit avec les autres. J’ai rencontré Sean et je n’ai plus eu envie de le quitter.
Après quelques années d’études à Liverpool, Sean est de retour à Belfast avec un diplôme de littérature anglaise en poche. Il vit dans un appartement insalubre, sans chauffage ni eau chaude, avec son meilleur ami Ryan. Barman un jour, sans emploi le lendemain. Pour oublier à quel point l’avenir est sombre, rien de mieux que de s’enfiler quelques lignes et litres d’alcool. Un soir, Sean se retrouve au mauvais endroit au mauvais moment et fait une grosse gaffe. Il en payera le prix. Des retrouvailles avec son premier amour de jeunesse ouvre une fenêtre sur une vie plus lumineuse. Quitter ce pays qui n’a rien à offrir à sa jeunesse serait-il la solution?

Les lumières étaient d’une blancheur impitoyable, tout le monde avait une tête de déterré, et il régnait une ambiance vraiment atroce, cruelle, comme à la cantine du lycée, sauf que là tout le monde est bourré et se croit super marrant. Pour les pauvres clampins derrière les caisses, c’était l’horreur. J’avais sincèrement pitié pour eux. Ce n’est pas comme bosser dans un bar, il n’y a pas la musique pour faire écran, et les gens peuvent vraiment être infects quand ils sont torchés. Ils ne pensent pas à mal, la plupart veulent juste rigoler, mais quand vous êtes debout depuis midi et qu’il est deux heures du mat, la dernière chose dont vous avez envie c’est de vous faire gueuler dessus par un connard ivre mort qui trouve que son Big Mac met trop de temps à arriver. Rien qu’à voir ça, tu en viens à détester le monde entier.
Michael Magee décrit avec une grande justesse comment un lieu et une époque peuvent étouffer ses habitants. Le poids du passé, de l’Histoire, transpire de chaque page du roman. Les Troubles irlandais et la récession de 2008 ont laissé de profondes cicatrices. Aucun pathos ni clichés, ici. J’ai retrouvé dans le roman de Michael Magee la même humanité, le même cœur généreux que je trouve dans les romans de Willy Vlautin. Un premier roman remarquable.
Mention spéciale pour la mère de Sean. Cette femme de ménage, peintre dans ses temps libres et friande de bâtonnets de poisson pané, est venue toucher mon petit coeur de pierre!
Retour à Belfast, Michael Magee, trad. Paul Matthieu, Albin Michel, 2024, 432 p.
© unsplash | Ross Sneddon






Je le note tout de suite !
Tu fais bien!
J’ai eu deux coups de cœur pour des romans irlandais dernièrement, alors ton billet me donne très envie de poursuivre la découverte de la littérature irlandaise…
Je suis sur une lancée! Tu me dis quels sont ces derniers coups de coeur irlandais?
Parfois le silence est une prière de Billy O’ Callaghan, et Les champs brisés de Ruth Gilligan (auteure que je vais rencontrer très bientôt)…
Je n’aurais peut-être pas dû demander! Après recherche, me voilà tentée par les deux titres!
Très drôle ! Le premier est un énorme coup de coeur, j’avais mis des citations il me semble sur Insta… A mon avis, un incontournable. Le second, est un coup de coeur plus raisonnable… parce qu’on comprend qui a fait quoi avant la fin du livre, mais c’est un détail, parce que l’histoire est incroyable et la construction du roman intéressante.
Voilà tu peux faire ton choix maintenant ! 🙂
Facile! J’ai commandé les deux!
Bon, il y a de l’abus, là ! Trois titres à noter en une seule fois ^-^ …
J’avoue que c’est beaucoup d’un même coup. Mais quand c’est bon ou que ça s’annonce bon, on ne lésine pas!
La littérature irlandaise est décidément incroyable. Quel vivier d’écrivains de qualité dans ce pays !!!!
C’est ce que je réalise de plus en plus. Un vivier impressionnant, en effet.
Un auteur à suivre sans aucun doute ! De mon côté, je te recommande Troubles de Louise Kennedy qui fait également partie de la même sélection que Les champs brisés et Parfois le silence est une prière (très belle sélection irlandaise cette année du Prix des Littératures européennes de Cognac)
Ah oui, sans aucun doute. Merci pour les suggestions. J’en prends plus que bonne note.