Une enfant grandit dans un hôpital psychiatrique. Un Vol au-dessus d’un nid de coucou à hauteur d’enfance? Considérant mon intérêt pour les hôpitaux psychiatriques, je me devais de lire le troisième roman de Viola Ardone.

Naples, années 80. À l’hôpital Fascione, les femmes jugées inadaptées et trop excentriques côtoient les vraies malades. C’est dans ce « monde-à-moitié » que naît et grandit Elba, auprès de sa mère internée de force – elle a eu la malchance de tomber enceinte d’un autre homme que son mari. Le mari cocufié s’est vengé en la faisant interner. Entourée de femmes fêlées et se sa mère adorée, Elba observe, pose des diagnostics, prend des notes dans son Journal des maladies du mental. Forcée d’aller se faire instruire chez les « Sœur Gros-Cul », Elba quitte le seul lieu qu’elle connaît. À son retour à l’hôpital, cinq ans plus tard, aucune trace de sa mère. On la prétend morte. Elba doute.
L’arrivée du docteur Fausto, jeune psychiatre idéaliste, perturbe le personnel et les résidentes. Ses méthodes alternatives ne sont pas du goût de tous. Il prend Elba sous son aile, la pousse à faire de grandes études et l’invite à rejoindre son nid familial. À défaut d’être un père présent et un mari aimant, Fausto est tout entier dévoué à son travail. La vision de la liberté des uns est-elle toujours en adéquation avec la vision des autres?
À travers les voix d’Elba et du docteur docteur Fausto, Viola Ardone s’empare d’un pan de l’histoire de la psychiatrie italienne: la loi Basaglia, qui a forcé les instituts psychiatriques à mettre la clé dans la porte et à renvoyer les internés dans la société. La liberté – de choisir et de disposer –, le sens de la vie, la mort sont au centre du roman. À partir d’un sujet d’une lourdeur écrasante (internements forcés, traitements abusifs à coups d’électrochocs, de neuroleptiques, de douches froides et de camisoles de force), Les merveilles se révèle un roman lumineux, empreint de délicatesse et de pointes d’humour.
Les merveilles est découpé en quatre parties. La jeune Elba prend toute la place dans la première (1982) et la troisième parties (1988-89), le docteur Fosto dans la deuxième et quatrième, qui se déroulent le 31 décembre 2019. L’alternance de ces deux voix et la façon dont Viola Ardone jongle avec le temps renforcent la puissance du roman. À travers le parcours de Fausto, elle aborde la vieillesse, la solitude, les désillusions et la fragilité des liens familiaux. Les personnages sortent de leur cadre de papier pour prendre vie. Les mots d’Elba, sa façon fantaisiste et lucide d’appréhender le monde, apportent une grande fraîcheur au roman. Malgré la fin un tantinet trop bien enrobée à mon goût et l’égocentrisme d’un Fosto suicidaire, le roman de Viola Ardone m’a enchantée.
La vérité, c’est qu’il n’y a pas tant de différence entre les mabouls et les pas-mabouls. Toutes les vies vont dans une direction, et celles qui vont en marche arrière se retrouvent ici. Tu connais la blague du type qui prend l’autoroute à contresens? Ils l’ont racontée l’autre jour à la radio. Au bout d’un moment, le type allume l’autoradio et il tombe sur les informations : « Attention, un fou roule à contresens sur l’A1. » Il regarde autour de lui, les voitures arrivent d’en face à fond la caisse, les conducteurs klaxonnent à tout va, lui font signe de d’arrêter, et lui il dit: «Un seul? Mais non, ils sont tous fous ici!».
Vieillir, c’est un peu comme devenir pauvre, madame, croyez-moi. On a moins de possibilités dans la vie, moins de gens autour de soi, et arriver à la fin du mois est chaque fois un pari. À bien y réfléchir, l’oubli est une dernière caresse de la vie, une réduction de peine pour ceux qui ont vécu trop longtemps et ont plus de souvenirs que nécessaire.
Savez-vous quel est le grand problème de notre époque? Tout le monde veut parler et personne ne veut écouter, alors les gens vont faire une analyse, juste pour avoir quelqu’un qui les écoute.
J’ai appris à mes enfants ce que je pouvais leur apprendre : rire, ne pas se prendre au sérieux, se ficher de ce qui ne dépend pas de nous, s’enflammer pour une idée, tomber au combat, ramper devant l’adversaire quand on est faible et se maintenir à la surface quand les vagues sont grosses et le ressac dangereux.
Les merveilles, Viola Ardone, trad. Laura Brignon, 2024, 378 p.
© unsplash | Vidak






Tu donnes vraiment envie ! et tant pis si la fin est trop bien emballée si on se régale avant …
J’ai été déçue par Le train des enfants, en raison de la voix de l’enfant narrateur, que j’ai trouvée peu crédible.. et malgré le sujet très intéressant de ce titre et ton enthousiasme, je n’ai pas très envie de renouveler l’expérience avec cette auteure.
tant mieux, tu attendais beaucoup de ce roman ! je lis le commentaire d’Inganmic et je me souviens de ma lecture désastreuse de cette romancière britannique que tu avais adoré et moi détesté et c’était également une voix d’enfant. Donc, j’ai un doute – est-ce pareil ? à hauteur d’enfance ??? car je risque de ne pas accrocher si l’enfant réfléchit comme une personne adulte (et se souvient de sa naissance 😉 )